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Pétrolier interlope battant pavillon gabonais en Libye : Aux sources de l’intrigue

L’interception, fin mai dans la Méditerranée, d’un tanker battant pavillon gabonais dans le chenal contrebandier du pétrole libyen, a naturellement éveillé la suspicion sur le Gabon. L’épiphénomène qui a mis en cause la responsabilité du pays, risquant son bannissement de l’Organisation maritime internationale (OMI), est la conséquence d’une sous-traitance nébuleuse du Registre International gabonais des navires. Des alertes avaient pourtant déjà été lancées.

Avec près de 800 km de côtes sur l’océan Atlantique, le Gabon est naturellement enclin à une vocation maritime. Préconisant profiter des routes maritimes qui charrient plus de 10 milliards de tonnes de marchandises par an, le pays a entrepris d’ouvrir son pavillon à la libre immatriculation des navires de toutes nationalités. La filière permet bien à de nombreux pays, à l’instar du Liberia, de Panama ou des Comores, d’engranger d’importants revenus.

Le 23 avril 2019, le projet prend corps. Le ministre des Transports et de la Logistique d’alors, Justin Ndoundangoye, en lance officiellement les activités à Ajman aux Émirats Arabes Unis. En présence du prince Sheikh Majed Bin Saeed Al Nuaim, représentant les autorités de Dubaï, la gestion du Registre International gabonais des navires est confiée au groupe Inter Shipping Services LLC, représenté par un certain Hysham Shaikh. Le groupe dont le vrai patron est Akram Cheikh compte une autre structure, Union Marine Classification Services LLC. Celle-ci devient ainsi le seul représentant, autorisé, de l’administration maritime de la République gabonaise dans le monde.

Signaux internationaux sur Akram Cheikh

Très vite, le patron du groupe, Akram Cheikh, se révèle douteux. Sept mois après son contrat avec le Gabon, le directeur général de la Marine marchande du Gabon est alerté par Saïd Salim, directeur général de l’Agence nationale des affaires maritimes de l’Union des Comores. Dans un courrier daté du 27 novembre 2019, celui-ci attire l’attention des autorités gabonaises sur le gérant du Registre International gabonais des navires.

Le Comorien indique alors «la multiplication des violations des droits nationaux et internationaux» par Akram Cheikh à qui «la gestion des navires à vocation internationale sous pavillon comorien (avait) été confiée (…) moyennant une redevance financière.» Son pays avait perdu tout contrôle des activités exercées sous son pavillon tandis que le paiement des redevances «était sujet à des interrogations et des controverses». Les Comores se sont résolues, au bout d’une décennie, à rompre leur contrat avec le concerné. Un audit difficile à obtenir permit de découvrir qu’Akram Cheikh n’avait pas communiqué 12 millions de dollars de gains dont la moitié revenait à ce pays en vertu du contrat. La mise en garde du Comorien aux autorités maritimes du Gabon en est restée là.

Arrive la 31ème assemblée générale de l’Organisation maritime internationale (OMI), fin 2019 à Londres. L’ambassadrice du Gabon en Grande-Bretagne attire l’attention du ministre des Affaires étrangères, Alain-Claude Bilie-By-Nze, quant à la gestion du pavillon maritime gabonais par Akram Cheikh. Le ministre ne manque pas de saisir la Marine marchande gabonaise et d’attirer l’attention du gouvernement et de la mission permanente du Gabon à New York.

Traitement gabonais de l’affaire

L’alerte, encore une fois, ne reçoit pas de suite jusqu’à ce que, fin mai dernier, la mission permanente du Gabon à New York en vienne à informer Bilie-By-Nze de l’interception, dans les eaux libyennes, du Jal Laxmi. Ce tanker battant pavillon gabonais est en effet arraisonné par une frégate française patrouillant pour l’opération de surveillance maritime européenne EUNAVFOR MED IRNI (lire «Arraisonnement d’un pétrolier battant pavillon gabonais»). Le navire, que l’on dit affrété par le camp du maréchal Haftar, n’a certes pas pu accoster et se faire charger en pétrole, mais le ministre d’État gabonais en informe et discute aussitôt avec le ministre Libyen des Affaires étrangères. Une note verbale lui est envoyée après l’échange. S’en suivent des réunions de haut niveau à Libreville entre toutes les autorités gabonaises concernées.

Trois résolutions sont alors adoptées par Libreville qui sont transmises à l’ONU : d’abord confirmer l’engagement du Gabon quant au respect du Droit International et des résolutions pertinentes des Nations Unies et, par conséquent, interdire que tout bateau battant pavillon gabonais ne viole un embargo international. Ensuite, engager la procédure de révocation du pavillon gabonais du navire en délicatesse. Enfin, engager une enquête sur les modalités d’attribution et d’exploitation du pavillon Gabon. Les choses en seraient là pour le moment.

Si l’ouverture du pavillon gabonais à la libre immatriculation des navires peut permettre d’engranger d’importants revenus pour le pays, une nébuleuse entoure cependant l’élaboration et la mise en place au Gabon de ce dispositif. Sur quels critères le casting de la structure sous-traitante s’était-il effectué ? Le groupe sous-traitant cornaqué par Akram Cheikh, rendait-il compte au Gabon des navires immatriculés dans le registre du pays ? Versait-il à l’État gabonais sa part des revenus générés ? Sur ces questions, seul le ministre gabonais signataire de la convention pourrait répondre. Pour d’autres motifs, l’homme est depuis décembre dernier à Sans-Famille, le pénitencier de Libreville.

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