Depuis qu’a été lancé le BDP-Gabon Nouveau, nous avons certes reçu des mots de soutien, parfois secrets, de la part de compatriotes courageux qui ont voulu par là nous signifier leur approbation, tout en s’assurant de protéger leur périlleuse situation. Nous ne pouvons ici que les louer. Nous avons néanmoins également été inondés de messages à la menace à peine voilée de la part de personnages sans doute fidèles à Monsieur Bongo. Ces derniers nous enjoignaient de nous taire et de laisser Bongo tranquille en lui donnant une dernière chance. Ces mêmes personnes, dont nous ne révélerons pas ici l’identité, nous ont reproché de travailler dans l’ombre, réfugiés derrière nos PC, au lieu de rentrer au pays nous joindre au débat politique.

Nous voulons donc ici répondre à ces deux reproches 1) en présentant brièvement au public Gabonais et aux amis du Gabon qui suivent de près notre combat l’identité de celui qui sert actuellement de Coordinateur du BDP-Gabon Nouveau, car c’est de lui qu’est née l’initiative, et 2) en évoquant pour ceux qui nous haïssent les raisons pour lesquelles, selon eux, “nous nous cachons derrière nos PC”.

Nous vous communiquerons, en temps voulu, l’identité du reste des membres du Comité Directeur du BDP-Gabon Nouveau. Nous appelons également tous les Gabonais désirant nous rejoindre à le faire. Il y va de l’intérêt supérieur de notre nation.

Dans ce document:


I . Daniel Mengara: Curriculum Vitae abrégé
II. Activité politique de Daniel Mengara
a) La crise économique de 1986-1989
b) L’action politique du Père Paul Mba Abessole
c) L’Université Omar Bongo (UOB) et la grève de la diarrhée.
d) La grève de la diarrhée et ses conséquences politiques pour le régime de Bongo
III. Le BDP-Gabon Nouveau et l’exil aux USA


I . Daniel Mengara: Curriculum Vitae abrégé

Daniel Mengara est né à Mekaga, un petit village pauvre de Minvoul dans le Woleu-Ntem gabonais. Après des études élémentaires commencées à l’école primaire de la Peyrie (Libreville), puis terminés à l’école primaire de Newton (Minvoul) près de la frontière avec le Cameroun, Daniel Mengara, âgé de 12-13 ans entra au Collège Jésus-Marie de Bitam. Daniel Mengara quitta Jésus-Marie trois ans plus tard pour se retrouver au Collège Bessieux de Libreville où il obtint son Brevet d’études. Après une Seconde B qui le convainquit de sa vocation littéraire, Daniel Mengara entra au Collège Notre-Dame de Quaben d’où il passera les examens du BAC littéraire série A2 en 1987, se classant premier ou deuxième de la série au Gabon avec une mention Assez Bien. Daniel Mengara obtint la licence d’études anglophones à l’Université Omar Bongo en 1990, puis quitta le Gabon dans la même année pour poursuivre ses études à l’Université de Nice Sophia Antipolis en France. A Nice, il obtint successivement sa Maîtrise (1991), son DEA (1992) et conclut avec un Doctorat Nouveau Régime en Etudes Anglophones, option Littératures et Civilisations Africaines, obtenu avec la mention “Très Honorable à l’Unanimité du Jury” (1995). De 1993 à 1995, Daniel Mengara séjourna en Illinois (USA) non seulement pour effectuer des recherches sur sa thèse, mais aussi pour y préparer, auprès de l’Illinois State University, une seconde Maîtrise en Pédagogie des langues étrangères qu’il finalisa en 1996. Depuis 1996, Daniel Mengara est professeur de langue, d’Etudes francophones et africaines (Afrique et Caraïbes) et de Pédagogie du français à Montclair State University dans le New Jersey (USA). Il a publié deux livres (La représentation des groupes sociaux chez les romanciers noirs sud-africains, Paris: L’Harmattan, 1996 et Images of Africa: Stereotypes and Realities, Trenton, NJ: Africa World Press, 2001) et plusieurs articles sur l’Afrique et les relations culturelles au sein de la Francophonie. Il travaille également à divers projets de livres sur l’Afrique. Daniel Mengara est le Directeur de SORAC (Society of Research on African Cultures), une organisation intellectuelle dont le but est de mieux faire connaître l’Afrique par des conférences internationales comme celle qui, en Octobre 1998, a réuni près de 140 intellectuels en provenance de 17 pays d’ Afrique, d’Europe et d’Amérique du Nord pour débattre des “Images d’Afrique: stéréotypes et réalités”. Daniel Mengara est le rédacteur en chef du journal de l’organisation, SORAC Journal of African Studies, commencé en avril 2000.

II. Activité politique de Daniel Mengara

Depuis son exil intellectuel (1990-1998, date de rédation de ce texte), désormais transformé en exil politique, Daniel Mengara a suivi avec attention l’évolution politique au Gabon. Comme beaucoup de Gabonais, il a espéré le miracle: celui qui aurait vu Bongo accepter sans broncher la défaite electorale qui lui avait été promise par le peuple depuis le retour du Gabon au multipartisme en 1989-1990. Malheureusement, comme de nombreux Gabonais, il fut déçu de constater que Bongo n’était point décidé à partir dans la paix et l’honneur d’une défaite électorale. Daniel Mengara décida cependant, comme le firent la plupart de ses compatriotes, de patienter jusqu’en décembre 1998, pour voir si Bongo serait capable de reconnaître, au travers de son illétrisme et de son incapacité à gérer une économie moderne, qu’il ne pouvait plus rien faire pour le Gabon, et qu’il devait désormais laisser la place à quelqu’un de compétent, un technocrate dont le but serait de sortir notre pays du sous-développement dans lequel Bongo l’a plongé. Le 6 décembre 1998 dernier, Bongo confirma nos peurs et déçut nos derniers espoirs de voir ce pays enfin évoluer vers la prospérité et une paix durable. Daniel Mengara décida alors, avec quelques amis, de lancer le BDP-Gabon Nouveau, mouvement politique dont le but allait être de mener, à partir des Etats-Unis, un combat farouche contre le régime corrompu et incompétent de Bongo.

Daniel Mengara n’est pas étranger au combat politique contre Bongo. En réalité, l’on pourrait dire qu’il a travaillé de l’ombre et contribué à l’écroulement de l’autoritarisme de Bongo depuis 1989. Si la politique pouvait se concevoir comme une poudrière, alors l’on pourrait dire, sans se tromper, que Daniel Mengara est celui qui a produit l’étincelle qui a précipité le changement politique au Gabon, mais de l’ombre.

Ceux qui ont suivi le changement politique au Gabon depuis 1988-1990 savent que la libéralisation de l’environnement politique et le rétablissement du multipartisme au Gabon ont été favorisés par la conjonction, au moment opportun, de trois éléments fondamentaux:

a) La crise économique de 1986-1989

Entre 1986 et 1989, le temps des vaches grasses gabonaises, comme Bongo lui-même l’avait si bien dit, était bel et bien passé. Le Gabon, mal préparé économiquement pour absorber la crise pétrolière, succomba peu à peu à la pression issue de sa trop grande dépendance des produits de rente. Avec la baisse des revenus de l’état survint l’instabilité sociale. Ainsi, entre 1986 et 1989, le pays navigua d’une grève à une autre, secteur d’activité économique par secteur d’activité. Cette contestation socio-économique sapa le moral du pays, menant peu à peu à un immobilisme qui ne fit qu’empirer la situation déjà précaire dans laquelle le pays avait été plongé après la gestion désastreuse que le régime Bongo en avait fait.

b) L’action politique du Père Paul Mba Abessole

C’est à partir de 1988 que l’on voit les négociations entre Bongo et ses opposants politiques commencer à porter des fruits. Evidemment, comme l’on pouvait s’y attendre, Bongo a résisté jusqu’au dernier moment au retour du multipartisme au Gabon. En rentrant au Gabon après un exil de plus de 10 ans, l’action politique menée par Mba Abessole contribua quelque peu à décrisper la situation politique du pays, laissant entrevoir comme une lueur d’espoir que Bongo s’efforçait encore d’étouffer. Malgré la difficulté inhérente à son retour, Mba Abessole commença à subvertir le pouvoir de Bongo en tenant des meetings politiques que le gouvernement essaya d’interdire, sans grand succès. Cependant, à une époque où aucun autre mouvement politique n’existait au Gabon, l’on ne peut que louer les efforts déployés par les Morenistes pour forcer la main à Bongo. Cependant, la peur régnait encore chez la plupart des Gabonais et l’action de Mba Abessole et du MORENA fraîchement rentrés au pays menaçait de n’aboutir à rien face à l’appareil de corruption bien huilé de Bongo. Il leur manquait encore quelque chose: un soutien populaire ouvertement politisé. Jusque-là, les manifestations populaires se limitaient à des revendications socio-économiques qui, par peur de la répression du système Bongo, hésitaient encore à remettre directement en cause le régime de Bongo.

C’est alors que quelque chose d’intéressant, au travers d’un événement apparemment anodin, se produisit au Gabon qui allait, indirectement, précipiter la libéralisation du pays.

 

c) L’Université Omar Bongo (UOB) et la grève de la diarrhée (1)

 

Très peu de personnes ont analysé le rôle qu’a joué, en 1989-1990 (2), la grève de la diarrhée de l’UOB dans la libéralisation de la vie politique au Gabon. Par ailleurs, très peu de gens savent comment a réellement commencé cette fameuse grève. Ce sont donc les conséquences indirectes de cette grève étudiante sur la vie politique gabonaise que nous allons ici analyser pour vous.

Officiellement, ce que l’histoire du Gabon aura retenu est qu’en 1989-1990 (3), les étudiants de l’Université Omar Bongo se mirent en grève suite à une terrible intoxication alimentaire qui faillit coûter la vie aux jeunes Gabonais qui en furent les victimes. La cause: l’état d’insalubrité du restaurant universitaire était tel que son personnel, dirigé par un cuisinier français dont nous oublions le nom, ne se préoccupait plus de servir une pitance propre et saine aux étudiants. Les étudiants se mirent donc en grève pour demander de meilleures conditions de vie et de travail. Ainsi, ce qui avait commencé comme une grève de la diarrhée se mua très vite en une grève pour l’amélioration gloable des conditions de vie et de travail des étudiants. L’on revendiqua des profs., de l’équipement, des salles de classes plus conformes, la sanitisation du campus universitaire, etc.

Ce que l’histoire du Gabon et même la plupart des étudiants qui prirent part à cette grève ne savent pas, c’est comment cette grève, que nous appelons ici la grève de la diarrhée, a réellement commencé. Parce que nous avons, hélas, oublié les dates et la chronologie exacte des événements, nous prierons tous ceux qui les ont à leur disposition de nous les faire parvenir. Nous allons donc ici nous limiter uniquement aux grandes étapes approximatives de cette grève (4).

Phase 1: L’intoxication alimentaire

Jour 1: Une nuit, un jeune étudiant nommé Daniel Mengara se lève. Il a des crampes d’estomac qui annoncent une diarrhée. Rien de plus normal, se dit-il. Ce n’est là qu’une simple diarrhée qui passera comme toutes les autres, après deux ou trois voyages aux toilettes. Cependant, dans la même nuit, il fera plusieurs voyages aux toilettes pour évacuer ce qui, au cours de cette nuit infernale, se révéla être une diarrhée tellement coulante qu’elle en devenait une torture. Que lui arrivait-il donc’

Jour 2: Dès le matin, Daniel Mengara se lève péniblement de son lit, et se rend au petit dispensaire de l’UOB pour voir le médecin universitaire. Il est surpris de retrouver là une multitude d’étudiants qui semblent tous souffrir de la même chose. Diagnostic du médecin: intoxication alimentaire. Seule cause probable: le restaurant universitaire, où la plupart des victimes avaient mangé un ou deux jours auparavant. Le médecin donne quelques remèdes aux étudiants, et les renvoit à leurs chambres. Dans l’après-midi, Daniel Mengara est à l’agonie. Rien ne va plus. Il vomit et évacue de tous les côtés. Il redescend de sa chambre pour aller de nouveau voir le médecin. Il n’est pas seul. De nombreux autres l’y ont précédé. La panique est totale. Finalement, il est décidé une évacuation sanitaire des cas les plus graves. Daniel Mengara est de ceux là. Il tremblote, il grelotte, il a une fièvre de cheval. Sur la route qui les mène à Jeanne Ebori dans l’un des minibus de la Mutuelle étudiante, des doutes sur la survie des uns et des autres commencent à planer. A Jeanne Ebori, Daniel Mengara entend vaguement que le groupe dans lequel il est ne peut être accueilli à Jeanne Ebori. Il n’entend pas très bien les raisons du refus. Il n’y aurait plus de place? Jeanne Ebori ne veut accueillir aucun étudiant malade? Il n’est pas sûr d’avoir bien entendu. La fièvre est trop forte. Il s’évanouit presque. Le minibus se retrouve sur la route de l’Hôpital Général de Libreville. Daniel Mengara et ceux de son groupe y sont admis. Mais ils doivent attendre que des lits se libèrent. L’hôpital ressemble à un camp militaire. Des étudiants sont installés pêle-mêle sur le sol, transfusions au bras, attendant que se libère un lit. Daniel Mengara passera ainsi du sol au lit, à mesure que des étudiants à peine ragaillardis par une nuit de traitement sortaient de l’hôpital. Daniel Mengara y restera un ou deux jours, comme la plupart de ses collègues. Pour permettre aux autres étudiants malades d’occuper ces lits et de se faire soigner.

Phase 2: Les débuts de la grève de la diarrhée

Quelques jours ont passé depuis la sortie du dernier étudiant de l’hôpital. Le restaurant universitaire est toujours ouvert. Certains étudiants téméraires continuent d’y manger. Ceux frappés par la diarrhée des jours précédents l’évitent. Le souvenir de leur peine est encore trop récent. La vie semble peu à peu reprendre son cours normal à l’Université Omar Bongo. Du moins en apparence. Sous les poitrines de certains, surtout des victimes, la rage couve. Mais nous sommes toujours à une époque où sévit encore la Gestapo de Bongo. Personne à l’université, surtout à une époque où Bongo semble enragé par l’activisme de Mba Abessole revenu de France pour lui rendre la vie dure, n’ose protester ouvertement. De plus, la Mutuelle étudiante est encore un organe politique dans les mains de Bongo. Les étudiants sont surveillés. Les étudiants ont peur de protester.

De son côté, Daniel Mengara enrage. Il a failli crever à cause de ce foutu restaurant. Il enrage encore plus quand il voit que ces messieurs de la Mutuelle étudiante ne semblent pas avoir fait grand cas de cette diarrhée qui a failli leur coûter la vie, à lui et à d’autres étudiants. L’immobilisme de la mutuelle est total. Il faut faire quelque chose. Mais comme personne d’autre, encore moins la Mutuelle étudiante de l’époque, ne semble vouloir prendre l’initiative d’une possible action, il faut bien que quelqu’un s’en charge.

Dans la nuit d’un jour dont nous oublions la date, jour qui est celui de la veille du déclenchement de la grève de la diarrhée, Daniel Mengara se lève. Il ramasse les larges feuilles de papier poster qu’il avait dans la journée précédente fébrilement confectionnées dans le secret de sa chambre universitaire. Il avait pris soin de n’en dire mot à personne, sauf à un seul étudiant, ami de palier qui, admirablement, a su garder le secret de cette affaire jusqu’à aujourd’hui. Daniel Mengara se lève donc subrepticement avec ses deux posters, deux posters sur lesquels sont écrits exactement le même texte. Il est cinq heures du matin. Daniel Mengara arrive au cercle des étudiants et y affiche l’un des posters. Il continue ensuite au portail d’entrée où il affiche le deuxième poster. Sur les documents ainsi affichés, l’on peut lire un long texte écrit au marqueur qui retrace l’historique de l’intoxication alimentaire, accuse la Mutuelle étudiante d’immobilisme corrompu et d’incompétence, exige de la Mutuelle qu’elle convoque une Assemblée générale immédiate et appelle les étudiants au soulèvement. Ce même document soulève les graves problèmes que rencontre l’université, le manque de prof, et met en cause le régime corrompu de Bongo.

Il est 7 heures du matin. Les étudiants commencent à circuler. Devant le cercle des étudiants, une petite foule commence à s’agglutiner devant un poster écrit au marqueur. Le poster est anonyme, bien sûr. Son auteur n’est pas un suicidaire. De la fenêtre de sa chambre du campus universitaire, l’auteur du texte voit la foule des étudiants s’agrandir. Au portail d’entrée, une autre foule est en train de se former. Elle lit le même texte.

Daniel Mengara est ravi. Son texte semble faire de l’effet. Il descend lui-même dans la foule, restant anonyme mais écoutant attentivement les réactions de ses collègues. Il veut lui-même entendre les commentaires des autres étudiants. Ils semblent tous lui donner raison. Ils soupçonnent des opposants au régime de Bongo venus de l’extérieur du campus, mais ne savent pas que l’auteur du poster est là, parmi eux. Ils sont néanmoins d’accord sur un point: il faut faire quelque chose. Et la même question de revenir sans cesse: “Mais c’est vrai ce qu’il dit, ce gars; pourquoi la Mutuelle n’organise-t-elle pas une Assemblée générale?

Vers dix heures, un nombre considérable d’étudiants a lu les affiches placées à deux endroits stratégiques du campus. Vers dix heures et demie, le mot parvient enfin au comité directeur de la Mutuelle. Quelqu’un, leur dit-on, a affiché une bombe atomique sur les murs du campus. Bongo risque de sévir. Pris de panique, un des membres de la mutuelle saute fébrilement dans le minibus, arrive au cercle, arrache le premier poster, et continue au portail d’entrée où il arrache le second poster. On le lui reproche. Cependant, il est déjà trop tard. Trop d’étudiants ont lu le poster et le bruit du texte anonyme a déjà circulé. La tension monte d’un cran. Il est environ 11 heures du matin.

Vers midi, une nouvelle affiche apparaît un peu partout sur les murs du campus. Cette fois l’affiche est de la Mutuelle. On peut y lire: “Ce soir à 18 heures, Assemblée générale des étudiants à l’auditorium de la Faculté de droit”.

18 heures. Auditorium de la Faculté de droit. Foule compacte. La colère des étudiants explose et s’exprime. Ils sont enragés par l’immobilisme qui a suivi l’intoxication alimentaire. Les membres de la Mutuelle essaient de les raisonner. Sans succès. Avec ou sans eux, la grève se fera. les étudiants profitent de la réunion pour soulever tous les autres problèmes qui frappent l’université: l’insalubrité du campus, le mande de prof, etc. Daniel Mengara est assis dans la foule. Il n’a même pas besoin de dire quoique ce soit. Des étudiants plus volubiles le font pour lui. Ils expriment le sentiment de tout le monde. Daniel Mengara peut donc se calmer. Il a joué son rôle. De l’ombre. Ses collègues ont désormais pris la relève.

21 heures. Le campus est en ébullition, la grève de la diarrhée a commencé (5). Les étudiants établissent le blocus du campus.

Phase 3: La grève de la diarrhée

Jour 1: Le lendemain, le campus est un campus mort. Certains officiels de l’Université ont pu pénétrer le campus. Ils n’en ressortiront pas facilement. Les étudiants établissent un blocus encore plus fort en bloquant l’entrée du campus. Les négociations avec un rectorat pris en otage commencent. Elles échouent. Des délégations de la mutuelle vont et viennent entre le Ministère de l’enseignement supérieur et la présidence de la République. Elles échouent. Les étudiants ne font plus confiance à la Mutuelle. Par ailleurs, en sus de l’amélioration des conditions de vie et de travail qu’il revendiquent, les étudiants demandent le départ du Recteur Oliveira et du Ministre Ogouliguendé. Les négociations capotent et les positions se radicalisent.

Jour 2: Les étudiants ont passé une nuit blanche à veiller sur le campus pour prévenir un assaut nocturne des autorités. On sent qu’un tel assaut est possible. Le jour point enfin à l’horizon. Des militaires sont apparus et ont bloqué la circulation sur le boulevard qui longe l’université. Ils ne savent pas que dans la nuit les étudiants ont préparé des cocktails molotovs. Un premier assaut des militaires est repoussé. Ils ne s’attendaient pas à faire face à un tel déchaînement de rage et à une telle “puissance de feu”. La preuve, ils perdent ce que nous appelâmes alors un “char”, c’est-à-dire la sorte de véhicule militaire blindé utilisée par les policiers dans des opérations anti-émeutes. Mais devant un cocktail molotov, même un “char” a ses limites. Le véhicule militaire est brûlé sur le champs et ses occupants obligés de l’abandonner devant le portail du campus. Les militaires battent en retraite. Pour quelques heures.

L’attente semble interminable. De part et d’autre on s’observe. On s’épie de loin. Puis, un bruit de brodequins cadencés nous parvient. Un véhicule militaire armé d’une pelle mécanique fait soudain voler en éclat nos barricades. C’est la panique générale, le sauve qui peut. Certains étudiants qui dormaient encore dans leurs chambres pour évacuer la fatigue d’une nuit de veille, sont surpris dans leur sommeil. Les militaires cassent tout dans les chambres des étudiants. Des filles sont malmenées. Violées. Des étudiants sont torturés, tabassés. Plusieurs étudiants décident de se rendre. Daniel Mengara, au dernier moment, décide de ne point se rendre. Il s’enfuit dans les marais derrière le campus et disparaît dans la nature. Le campus est fermé et les militaires s’y installent.

Jour 3: Les étudiants s’organisent. L’hôpital général devient leur QG. Ils y tiennent meeting sur meeting et décident de marcher sur la présidence. Bongo écoute leurs doléances et leur demande d’aller comptabiliser leurs pertes matérielles sur le campus et de lui ramener la facture. Si la tête d’Oliveira tombe, celle d’Ogouliguendé, l’un des hommes les plus influents du régime, est plus difficile à obtenir. Les étudiants se font raconter de grosses histoires à dormir debout par Bongo. Daniel Mengara est dans cette masse. Il écoute. Comme on pouvait s’y attendre, Bongo finit par nous corrompre. C’est la seule manière de résoudre les problèmes que Bongo connaît. Une fois les gens corrompus, les problèmes restent, et on recommence tout à zéro. Pendant que nous négocions les modalités d’une reprise immédiate des cours, Bongo nous corrompt en nous envoyant manger dans le luxe du Palais des conférences du 12 mars (6). Nous sommes aux anges.

Nous revenons quelques jours plus tard au palais présidentiel avec la comptabilité de nos pertes matérielles sur le campus. Une délégation restreinte d’étudiants faite surtout de volontaires décide de faire le voyage. D’autres ont refusé d’en faire partie parce qu’ils craignaient d’être fichés par le régime. Cette fois, Daniel Mengara est là avec les autres. On parle, on discute, on parlemente. On dit à Bongo l’ardoise qu’il a à payer: environ 400 millions de CFA avant dévaluation. Bongo s’étonne: “C’est tout'”. Il s’attendait manifestement à débourser plus d’argent. Généreux, Bongo nous rajoute même quelques millions pour “arrondir” la somme. Il nous fait presque regretter de n’avoir pas demandé plus, peut-être un milliard’ Il est content Bongo, de s’en tirer à si bon compte. Et nous qui hésitions à gonfler nos factures par peur de le voir refuser de payer une somme trop grosse! Marché conclu. Bongo ordonne au Ministre toutou des finances qui rampe aussitôt vers lui: “Ti as comprê, hein’ Demain, va distribier l’argent aux étidiants, hein'” Les étudiants profitent de la manne inespérée qui leur tombe du ciel de Bongo. Certains, qui n’avaient même pas un poste radio dans leur chambre, finissent millionnaires.

Pour boucler le tout, Bongo invite les étudiants à un dîner de réconciliation au palais présidentiel. Tous ceux qui le peuvent y vont. Daniel Mengara y va aussi. Erreur de jeunesse. C’était notre seule chance de voir la tour d’ivoire de Bongo de l’intérieur. Bongo savait que cela nous tenterait. La grève est officiellement terminée. Nous avions fait ce que nous pouvions. Que pouvait-on faire de plus, face à un corrupteur aussi dictateur qu’habile comme Bongo? Il s’en était tiré encore une fois, le Monsieur. Il s’en était tiré? Tu parles! Bongo ne s’attendait point à ce qui allait suivre.

 

d) La grève de la diarrhée et ses conséquences politiques pour le régime de Bongo

 

Avec le recul, il nous semble maintenant que Bongo ne s’en était pas tiré aussi facilement que nous le croyions. En effet, cette grève de la diarrhée, commencée grâce au petit texte appelant à la grève qu’avait composé Daniel Mengara, allait avoir des conséquences imprevisibles et inattendues sur le régime de Bongo. Ce qui avait commencé comme une grève étudiante finit par produire un effet boule de neige qui embrasa le pays tout entier, accélérant ainsi précipitamment les réformes politiques dont le pays avait besoin à une époque où la crise économique s’établissait au Gabon avec ardeur. Bongo avait en effet commis un certain nombre d’erreurs politiques graves lors de cette grève:

1) En autorisant l’assaut des militaires sur le campus, il avait radicalisé l’opinion étudiante et gabonaise contre lui. Ces enfants qu’il assaillait sur le campus étaient en effet les enfants de Monsieur Tout-le-monde, et ce Monsieur Tout-le-monde ne voyait pas d’un bon oeil cette tentative d’assassinat des étudiants gabonais. Par ailleurs, comme conséquence immédiate de l’assaut militaire sur le campus, tous les collèges et lycées de Libreville s’étaient joints à la lutte étudiante, entraînant et révélant ainsi une crise de l’éducation nationale sans précédent dans l’histoire de notre pays.

2) En corrompant ouvertement les étudiants sur la place publique par le paiement immédiat des presque 400 millions de CFA qu’il avaient demandés, Bongo avait idiotement et publiquement contredit le discours d’austérité qu’il avait jusque-là chanté aux Gabonais. “C’est à cause de la crise”, avait-il pris l’habitude de dire aux Gabonais. Et le voilà qui claquait, comme pour s’amuser, près de 400 millions de CFA aux étudiants! Alors, conclurent les Gabonais, puisqu’il y a de l’argent dans le pays, demandons aussi notre part! Une vague de grèves sans précédent, secteur après secteur, secoua aussitôt Libreville et une bonne partie du pays. La mascarade de Bongo avait assez duré.

3) En décidant comme cela, sur un coup de tête, de ponctionner les finances de l’état de 400 millions de CFA, sans consultation préalable avec le Ministre des finances et sans considération pour le budget de l’état, Bongo avait une fois encore montré à tout le monde qu’il ne faisait aucune différence entre les caisses de l’état et les siennes. Il lui suffisait, en réalité, d’ordonner au Ministre des finances de lui donner autant d’argent qu’il souhaitait, et celui-ci s’exécutait sans broncher. La manière dont Bongo volait l’état était donc ainsi dévoilée au grand jour, avec un cynisme incroyable!

4) Au lieu d’essayer de trouver une solution globale aux problèmes économiques qui secouaient le Gabon, Bongo commit l’erreur de vouloir, comme il en avait pris l’habitude, corrompre individuellement chaque secteur d’activité économique qui se mettait en grève. Ceci ne fit qu’accentuer l’effet boule de neige causé par la grève des étudiants. Le pays s’immobilisa dans la contestation générale permanente, tandis que Bongo s’empêtrait dans les problèmes causés par ses mauvais calculs. Comme quoi, la corruption ne marche pas toujours, hein Monsieur Bongo?

5) Comme conséquence la plus marquante de l’effet boule de neige causé par la grève de la diarrhée, les contestations populaires qui, à l’origine, étaient demeurées principalement socio-économiques, se politisèrent. Le pouvoir de Bongo était désormais directement mis en cause par les Gabonais. Bongo subissait donc désormais deux sortes de pressions: une pression proprement politique qui découlait de l’activisme de Mba Abessolo et de ses amis du Morena, à une époque où aucun autre parti politique déclaré n’existait légalement, et une pression socio-économique qui peu à peu se politisait. Les deux pressions fusionnèrent donc au plus haut de la crise, poussant soudain Bongo à accepter l’idée d’une Conférence Nationale et la légalisation de tous les partis politiques créés ou non créés. La mort suspecte de Rendjambé en plein coeur de la Conférence Nationale finit par isoler définitivement Bongo.

En gros donc, l’on pourrait ici conclure que l’innocent acte posé par Daniel Mengara, le jour où il provoqua, par la seule force de sa plume clandestine, le déclenchement de la grève de la diarrhée de 1989-1990 (7), fut à l’origine des soubressauts socio-économiques et politiques qui secouèrent le pays à un moment propice de son histoire, soubressauts qui menèrent à la libéralisation politique dont notre pays a bénéficié depuis 1990, et que Bongo veut de nouveau compromettre au travers d’un retour au monopartisme qui bannirait toute opposition à son régime.

 

III. Le BDP-Gabon Nouveau et l’exil aux USA

 

La différence d’avec 1989-1990 (8) est que Daniel Mengara ne travaille plus dans la clandestinité. Grâce à ses amis Gabonais et non-Gabonais du BDP-Gabon Nouveau, il compte travailler pour le changement politique au Gabon. Que ceux qui nous ont accusé d’avoir peur ou de nous cacher derrière nos PC se détrompent donc. Nous ne sommes point cachés. Nous sommes bien là et comptons y rester jusqu’au départ effectif de Bongo.

Nous au BDP-Gabon Nouveau souhaitons travailler de l’extérieur du pays pour plusieurs raisons:

1) Nous ne désirons point nous faire corrompre par Bongo. Ceux qui en ont l’expérience savent que Bongo vous empêchera de travailler au Gabon tant que vous serez opposé à lui. C’est son arme de chantage préférée. Puis, le jour où vous trouverez un emploi, il fera courir le bruit que vous vous êtes fait acheter pour obtenir cet emploi. Travailler au Gabon sous Bongo équivaut à une mort politique. Mba Abessole, Mamboundou et les autres sont en train d’en faire l’amère expérience. Ils ont été usés par le combat inégal qu’ils ont voulu mener sur le terrain de Bongo. Il était prévisible qu’ils perdraient, non pas parce qu’ils ne sont pas populaires, mais plutôt parce que l’on ne gagne pas face à Bongo en jouant le jeu électoral selon des principes dictés par Bongo. Malheureusement, en participant à toutes les mascarades électorales organisées par Bongo, en se laissant bercer par les promesses de transparence de Bongo, ils se sont grillés aux yeux des Gabonais et ont contribué à donner une légitimité non méritée au régime de Bongo. Si l’opposition veut un jour espérer changer les choses au Gabon, ce ne sera pas en allant danser la mascarade que leur propose Bongo. Il faut au Gabon une opposition forte prête à tenir tête au pouvoir quand il le faut. Nos opposants actuels ont terriblement trahi leurs responsabilités. Il faut non seulement une unité de l’opposition gabonaise, mais aussi une détermination révolutionnaire qui, aujourd’hui, apparaît de plus en plus comme la seule forme d’action capable de chasser Bongo du pouvoir.

2) Nous ne nous intéressons pas aux postes politiques: nous travaillons avant tout pour le bien-être du Gabon et des Gabonais. Nous voulons sortir le pays de la honte qu’il représente aux yeux du monde à cause de Bongo. L’image que les gens ont du Gabon n’est pas reluisante. La pauvreté des Gabonais n’est pas pour nous honorer. La seule personne responsable est Bongo. Nous n’avons donc aucune ambition politique personnelle autre que la libération de notre pays. Nous n’avons pas non plus l’intention de rentrer au pays pour devenir les victimes de la corruption politique de Bongo qui a pris l’habitude d’offrir des postes ministériels ou autres à ses opposants pour les faire taire. Nous ne nous laisserons pas prendre à ce piège, mais nous nous opposerons farouchement à la nouvelle dictature de Bongo, jusqu’au jour de son départ.

3) Les opposants qui sont tous rentrés au pays ont été réduits à l’impuissance totale par Bongo. Bongo sait que tant qu’il les a sous la main, il peut contrôler les moindres mouvements de ces opposants, leur rendre la vie dure quand il le veut, et les corrompre pour qu’ils fassent du bruit sans pour autant devenir trop gênants. Nous au BDP-Gabon Nouveau croyons donc que notre action politique sera plus efficace de l’extérieur du pays que de l’intérieur.

4) A cause de la censure politique dont les Gabonais sont de plus en plus l’objet, le BDP-Gabon Nouveau restera la seule voix dont disposeront les Gabonais pour s’exprimer et exprimer leur opposition à Bongo. Ni la censure, ni les menaces du pouvoir ne nous arrêterons. Nous savons que nous serons victimes d’assassinats ou de tentatives d’assassinats de la part de Bongo, mais si le versement de notre sang peut permettre de libérer notre peuple, alors nous saurons que nos peines auront au moins porté des fruits.

5) Le pouvoir de Bongo est encore une dictature. A ce titre, il ne permet pas un retour au pays des forces vives qui seraient capables d’assurer au Gabon une prospérité socio-économique digne de ce nom. Rentrer au pays dans les conditions actuelles équivaudrait donc à se rallier au pouvoir de Bongo car nous serions obligés de travailler sous lui. Or, nous nous refusons de travailler sous Bongo, même au plus petit des postes auxquels nous pourrions valablement aspirer de par nos modestes qualifications intellectuelles. De plus, revenir au Gabon c’est plus ou moins accepter d’être condamné au mutisme national et international.

6) De l’extérieur du pays, le BDP-Gabon Nouveau peut librement établir des alliances avec des forces politiques nationales ou étrangères qui seraient à même de nous aider à précipiter le départ de Bongo du pouvoir. Ceci parce que nous savons que Bongo ne peut plus rien apporter au pays, excepté une pauvreté grandissante qui, dans les dix ans à venir, rendra le Gabon totalement méconnaissable aux yeux du monde. Le BDP-Gabon Nouveau se veut donc la voix du Gabon opprimé à l’extérieur du pays. Nous n’avons aucune affiliation avec les partis actuels de l’opposition gabonaise, mais nous serons prêts à collaborer avec eux dans le cadre d’une action visant au départ immédiat de Monsieur Bongo du pouvoir. Notre action se base sur le principe que Bongo est le seul frein au développement économique, politique et socio-culturel de notre pays. Tant qu’il sera au pouvoir, aucune politique économique ne marchera et le pays vivra éternellement au bord du gouffre de l’instabilité, tout en continuant à s’appauvrir. Partant donc de ce constat, le BDP-Gabon Nouveau compte exposer au monde les malversations politiques et socio-économiques de Bongo, tout en menant un combat déterminé pour le départ du tyran.

7) Le jour où nous rentrerons au Gabon, nous y viendrons soit pour en chasser physiquement Bongo, soit pour fêter avec le peuple le départ de Bongo qu’aura occasionné notre action combinée.

Nous invitons donc Monsieur Bongo à choisir entre les trois options que nous lui avions proposé dans notre livraison du 5 décembre 1998. Nous ne souhaitons pas que le Gabon sombre dans l’instabilité. Seulement, puisque c’est la présence de Bongo qui est à même de causer la contestation qui mènera notre pays à la guerre civile et à l’instabilité, nous lançons ici un appel patriotique à Bongo pour qu’il démissionne du pouvoir ou choisisse de devenir un président symbolique comme nous l’avons précédemment proposé. Seules ces deux solutions garantiront la paix au Gabon. Toute autre possibilité reste porteuse des risques qui plongeront notre pays dans des bains de sang perpétuels dont nous ne voulons plus. Partez, Monsieur Bongo, avant que vous ne transformiez notre pays en Liban. Prenez une retraite bien méritée. Il n’y a point de honte à partir du pouvoir la tête haute parce que l’on aura démissionné de son bon vouloir. Nous vous offrirons l’amnistie. Ne vous exposez pas à la colère du peuple car vous serez balayé par le vent de sa fureur. Aucun homme, aussi puissant soit-il, n’a jamais triomphé éternellement de son peuple. Mobutu de l’ex-Zaire, Samuel Do du Liberia et Sani Abacha du Nigeria devraient, s’il vous restait un soupçon d’intelligence, vous pousser à choisir, immédiatement, une retraite bien méritée qui vous préservera du courroux de notre peuple. Vous savez comme tout le monde au Gabon que vos jours sont comptés. L’entêtement, à un moment où rien de bon ne peut émaner de votre régime corrompu, ne peut que mener à la dictature, seule arme par laquelle vous pourrez vous maintenir au pouvoir car le peuple ne vous porte pas dans son coeur. Vous empiétez, cher Monsieur, sur nos libertés. Or, au Gabon, nous aimons trop notre liberté pour vous laisser nous l’arracher dans l’impunité totale. Sachez donc, Monsieur, que nous ne vous laisserons pas faire du Gabon, notre pays, l’otage de vos ambitions monarchiques.

BDP-Gabon Nouveau

Notes:

(1)(2)(3)(4)(5)(6)(7)(8) Parce que la chronologie et les dates exactes nous échappent après tant d’années (cela fait 8-9 ans que tout ceci s’est passé), nous utiliserons donc provisoirement la date “1989-1990” comme date de l’événement pour éviter les confusions, jusqu’à ce que nous puissions nous assurer des dates exactes grâce aux commentaires de nos lecteurs. Nous tenons absolument pour la postérité, à retracer cette époque de la vie étudiante avec une précision historique. Si nos lecteurs peuvent nous aider à le faire, nous les en remercions d’avance. De 1989 à 1990, il y eut effectivement plusieurs grèves étudiantes, dont une qui, vers la fin de l’année académique (1989?) avorta lors d’une assemblée générale causée encore une fois par un tract écrit par Daniel Mengara (celle-ci était moins sérieuse car elle faillit se passer pour des raisons monétaires dues au retard de la bourse alors que les étudiants s’apprêtaient à voyager pour les grandes vacances). Cette confusion, si confusion il y a, serait due au simple fait que Daniel Mengara appelle cette grève “Grève de la diarrhée” parce que, de sa perspective, c’est d’abord à cause de l’immobilisme de la Mutuelle de l’époque suite à l’intoxication alimentaire qu’il écrivit son tract. Evidemment, son tract ne s’étant pas limité qu’au problème de l’intoxication alimentaire, Daniel Mengara avait également abordé tous les autres problèmes qui se posaient à l’Université et au Gabon à l’époque, poussant donc ainsi la communauté étudiante à l’action. Cependant, le reste du pays, ne connaissant pas le fond des choses, a bâptisé cette même grève d’un autre nom, comme par exemple celui qui a symbolisé l’assaut des militaires sur le campus sous le nom de: “Evénements du 17 janvier 1990“. D’autres ont appelé cette même grève “Grève de la faculté de droit et des sciences économiques”. Cependant, ce qui est sûr, au-delà du nom que l’on peut donner à cette fameuse grève, c’est que Daniel Mengara est celui qui de par son tract provoqua la grève qui mena à l’assaut des militaires sur le campus en janvier 1990. Daniel Mengara prit ensuite part aux négociations de la présidence de la République qui virent Bongo dédommager les étudiants suite à l’assaut militaire qui détruisit le campus. Daniel Mengara dispose de quelques photos qui furent prises lors et à l’issue des ces négociations. Il y en a une où, regrettablement, il pose en photo de famille avec Bongo et les autres étudiants volontaires. Nous demanderons donc ici à tous ceux qui ont un souvenir plus exact des grèves étudiantes de 1989-1990 de bien vouloir nous contacter avec des détails pouvant nous rafraîchir la mémoire. Nous nous excusons aussi auprès de nos lecteurs s’il s’avère que notre chronologie et certaines de nos dates sont erronées. Qu’ils soient néanmoins assurés qu’au delà de l’incertitude due aux dates et à la chronologie (cela fait au moins 8-9 ans que tout cela s’est passé), nos analyses de fond restent correctes et respectables. Nous tenions à faire cet éclaircissement par honnêteté intellectuelle car personne malheureusement n’a essayé, jusque-là, d’analyser le rôle des grèves étudiantes de 1989-1990 dans le changement politique au Gabon. C’est ce que nous avons essayé de faire ici, avec le manque de perfection qu’impose la faiblesse de nos souvenirs désormais trop lointains.

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