L'Afrique pour le moment à l'abri du virus A H1N1, estime un expert

L’OMS a relevé son niveau d’alerte et annonce que la pandémie de grippe porcine est « imminente ». Le continent africain est pour l’instant épargné par cette nouvelle épidémie grippale qui rend fébrile le monde entier. Le professeur Jean-Paul Gonzalez, directeur général du Centre international de recherches médicales de Franceville ( CIRMF )au Gabon et directeur de recherche à l’Institut de recherche pour le développement ( IRD ) reste prudent sur la dimension pandémique de cette grippe. Il s’en explique sur RFI.

RFI : Professeur Jean-Paul Gonzalez, partagez-vous le sentiment de psychose qui s’est emparé de la planète à propos de cette grippe porcine ?

Jean-Paul Gonzalez : Non, pas du tout. Nous scientifiques, on n’est pas là pour avoir ce type de sentiment devant des questions importantes, en particulier, les questions de santé. Donc, je pense qu’il faut analyser la situation, la comprendre et ensuite, retourner vers le public et vers les politiques, pour leur donner les outils, les moyens, les stratégies de lutter contre une éventuelle épidémie qui s’annoncerait.

RFI : Mais à ce stade là, peut-on, d’après vous, parler de pandémie ?

Jean-Paul Gonzalez : Dans les livres, une pandémie, c’est quand une épidémie passe d’un continent à l’autre. Donc là, on est passé de l’Amérique du Nord en Nouvelle Zélande mais on en est à quelques cas humains, c’est-à-dire, des épidémies très limitées, ce sont des cas importés, ce ne sont pas des épidémies locales. Donc, on est environ à 105 cas au niveau de la planète, hors Mexique. On ne peut pas parler véritablement de pandémie aujourd’hui.

RFI : Alors quelle est la situation pour le continent africain précisément ?

Jean-Paul Gonzalez : Pour le moment, il n’y a rien. On est clair, le continent africain est indemne d’importation, donc de cas d’infections par le virus A H1N1 mexicain, souche mexicaine. S’il devait arriver sur le continent africain, à ce moment là, les mesures sanitaires assez banales de lutte contre les maladies respiratoires et en particulier contre la grippe, seraient mises en place. Et je pense que là aussi, l’Afrique joue le jeu et a des compétences, mais pas toute seule.

RFI : Le Gabon a annoncé la suspension de ses importations de porc et de viande porcine. L’Egypte pour sa part, a décidé d’égorger 250 000 cochons. On est dans du préventif ou bien dans de l’irrationnel ?

Jean-Paul Gonzalez : En ce qui concerne le Gabon, je crois que c’est une mesure très intelligente ; c’est-à-dire qu’on interdit l’importation de porcs vivants, de porcelets, de porcs vivants, ce qui est un grand classique, dans la mesure où l’on ne sait pas d’où ils viennent ces porcelets. Ces porcs pourraient éventuellement venir d’élevages infectés. Donc, c’est une mesure qui sera une mesure transitoire vraisemblablement, qui ne va pas durer, mais je pense que c’est tout à fait raisonnable. En ce qui concerne l’Egypte, je garderai un silence pudique sur cette manifestation. Du point de vue scientifique, évidemment, c’est totalement irraisonné.

RFI : Certains pays africains ont, par le passé, été déjà directement confrontés à d’autres épidémies ; par exemple, la grippe aviaire en 2005. A l’époque, on prévoyait le pire au Nigéria et au Niger, et finalement, on a évité la crise sanitaire.

Jean-Paul Gonzalez : L’épidémie de grippe aviaire a fait « un flop » ; un « flop médiatique » et quelquefois un « flop scientifique ». C’est-à-dire, tout le monde a voulu plus ou moins se rattacher, se raccrocher à ce phénomène qui paraissait extraordinaire et unique dans l’histoire de l’humanité et qui n’est resté qu’une maladie des poulets et pas du tout une maladie des hommes. Donc, l’Afrique a été indemne. On a bien géré cette épizootie par l’abattage massif de volailles et tout est rentré dans l’ordre.

RFI : Mais alors, justement, plus largement, quelle leçon tirer de ces précédentes crises sanitaires qui avaient été surévaluées dans certains cas ?

Jean-Paul Gonzalez : La leçon qu’on a à tirer, elle est simple ; c’est-à-dire qu’il ne faut pas s’engouffrer dans le sensationnel, et là, je parle, autant pour les politiques, que les scientifiques, que les responsables de la communication, et il faut absolument aller sereinement protéger les populations qu’on peut protéger. Et on sait le faire, parce qu’on sait lutter contre la grippe en général, les virus de la grippe, et ne pas s’engager tout de suite sur la grande pandémie grippale de 1918, « qui va effacer la planète ». Nos systèmes sanitaires évoluent de façon positive et l’on est de plus en plus et de mieux en mieux armé contre ces manifestations épidémiques.

RFI : Y compris sur un continent comme l’Afrique ?

Jean-Paul Gonzalez : Y compris sur un continent comme l’Afrique, où on a de très belles avancées. Nous ici le CIRMF et nos collègues d’Afrique du Sud ; pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, une épidémie d’Ebola, a été entièrement gérée par des laboratoires africains. C’est la dernière épidémie d’Ebola, qui s’est passée en Afrique, entièrement gérée par des laboratoires africains, évidemment avec l’aide de l’OMS et de quelques uns de nos collègues d’Amérique du Nord. On est capable ici en Afrique de faire le diagnostic aujourd’hui, là demain, du virus H1N1.

RFI : Au fond, cette crise sanitaire n’est-elle pas avant tout une psychose de pays riches, au regard du nombre de morts que fait la méningite en ce moment par exemple, ou de cas de paludisme qui touchent l’Afrique ?

Jean-Paul Gonzalez : On est plutôt sur une névrose de pays riches ; c’est-à-dire, c’est chronique maintenant ; c’est installé chroniquement dans les pays riches ; c’est-à-dire, à chaque fois qu’il y a une maladie émergente, cela veut dire : on n’est pas prêt. Si on n’est pas prêt, il faut faire quelque chose. Si on fait quelque chose, il faut des sous. Donc, d’emblée, les industries se mêlent évidemment du projet et proposent aux politiques : « Eh bien, donnez-nous des sous et puis, on va faire. On va faire des produits qui vont vacciner ou qui vont protéger. Et on va le faire vite ; donc ça va vous coûter encore plus cher ».

Evidemment, tout cet argent de la recherche va être dévoyé pour une espèce d’accès médiatique, mais surtout de fièvre économique de quelques industriels qui vont vendre aux politiques des produits chers et qui seront invendables au Sud, puisqu’on a pas les sous pour s’acheter ces produits-là.
Propos recueillis par Christine Muratet

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