La corruption fait perdre au Gabon 25 à 50 milliards de FCA par année

Le président de la Commission nationale de lutte contre l’enrichissement illicite(CNLCEI), Vincent Lebondo Le-Mali qui exige plus des moyens à l’Etat pour bien combattre la corruption, a confié à GABONEWS à Paris, que ce fléau cause un déficit de 25 à 50 milliards de FCFA par année sur le budget du Gabon.

GABONEWS(GN) : Vous avez récemment pris part au séminaire sur les« Méthodes appliquées et renforcées dans les enquêtes financières ». Qu’est-ce que vous avez retenu de ce séminaire de Montréal au Canada ?

Vincent Lebondo Le-Mali (VLL) : Il faut retenir que le séminaire qui a eu lieu à Montréal est la deuxième phase qui a commencé à Douala au Cameroun. Cette structure qui œuvre pour la bonne gouvernance et la transparence, a mis en place un séminaire en deux phases sur les techniques d’investigations financières. Et là nous avons appris le travail que peut faire au quotidien un enquêteur, c’est-à-dire comment on doit initier une enquête, rechercher une preuve, monter un dossier d’interrogatoire, auditionner les gens et noter le procès verbal. Nous avons fait aussi des exercices pratiques sur la filature.

GN : En quoi c’est bénéfique pour le Gabon de participer à ce séminaire ?

VLL : Vous savez que la Commission du Gabon a la lourde charge de s’occuper en même temps des questions de prévention et des questions d’investigation. Et l’investigation doit être connue et maîtriser par celui qui l’a mène parce que le tout c’est de penser à chaque instant que le dossier qu’on est entrain de monter devra tôt ou tard atterrir devant le juge. Et il faut que le juge en parcourant votre dossier, se fasse une idée de niveau de technicité qui est le votre et du niveau d’équilibre du dossier. Il doit être rassuré. Celui qui monte un dossier doit savoir aussi qu’il ne s’agit pas de venir divertir les gens en racontant n’importe quoi.

GN : Vous menez une croisade anti-corruption au Gabon. Quel bilan faites-vous de vos activités sur le terrain depuis que vous êtes à la tête de la Commission ?

VLL : Nous étions un peu encouragé au Canada d’entendre les experts dirent qu’on ne peut pas tout rassemblé. Nous avons dépassé 90 dossiers. Il faut avouer que quand nous avons pris nos fonctions, il y avait 12 dossiers d’investigations. Autrement dit, nous avons ouvert plus de 80 dossiers.

GN : De nombreux véhicules administratifs volés par des agents ont été saisi, certes, mais plusieurs détourneurs des biens publics n’ont jamais été sanctionnés, alors que plusieurs grands chantiers entièrement financés n’ont jamais vu le jour lors des fêtes tournantes. Est-ce autant dire que le dossier fêtes tournantes est un grand bourbier pour la Commission ?

VLL : Nous ne sommes pas là pour exterminer la classe dirigeante ou les intellectuels gabonais. Nous sommes là pour mettre un peu d’ordre. On ne veut pas de troubles. La loi dit que les investigations ou les enquêtes doivent être réalisées sous le coup du secret. Tous les dossiers concernant les fêtes tournantes dans toutes les provinces sont ouvertes. Certains défilent au siège de la Commission, le feu vert vient des plus hautes autorités du pays qui ne veulent plus de ces pratiques de magouilles. Donc personne ne peut nous intimider. On fait notre boulot sereinement. La nuit est assez avancée, bientôt le jour va se lever devant le juge. Nous avons des dossiers plus importants que les véhicules administratifs. Un véhicule coûte 50 à 100 millions de FCFA, mais nous avons aujourd’hui des dossiers dans lesquels on a des chiffres qui ont neuf zéros. Nous n’avons pas un mandat de détruire la République, mais de la rebâtir ou pour la renforcer.

GN : Le triangle du développement exige : un homme, une mission et les moyens. Est-ce que vous avez les moyens de votre politique pour plus d’efficacité sur le terrain ?

VLL : Non. A la Commission il y a 10 membres plus 7 assistants. Et 17 membres, ça fait léger pour le travail qui revient à la Commission. Donc les hommes, il en faudra encore. On fait un travail qui honore le pays car le Gabon fait meilleur élève en Afrique centrale. On veut aller de l’avant. Il faut qu’on nous donne la possibilité de recruter directement les jeunes gabonais qui viennent de terminer leur formation dans les domaines d’audit, enquête, finances et autres. J’ai l’impression qu’on a pas bien cerné l’ennemi. Il faut que tous les gabonais sachent que le pays est agressé par la corruption. Ce n’est pas la Commission qui combat le fléau, c’est le pays qui a fait le choix libre de combattre la corruption. Donc le pays doit donner des moyens à la structure qui mène ce combat au quotidien. C’est pénible pendant que je suis ici en France d’apprendre que pour la réunion de demain à Libreville, il nous manque le carburant et du papier. J’ai laissé des hommes compétents certes, mais ils n’ont pas l’argent pour acheter le carburant et du papier. On ne peut pas continuer à toujours tirer en deçà du milliard pour combattre un fléau qui nous emporte 25 à 50 milliards de FCFA par année. Si on reste dans les déclarations des institutions internationales, c’est 25% du PIB que nous perdons par année du fait de la corruption. Notre budget de l’année dernière était de 2000 milliards de FCFA. Si vous faites ¼ de 2000 milliards de FCFA, ça fait 500 milliards que nous perdons. On ne combat pas un lion avec une arbalète.

GN : Que faire ?

VLL : Si vous donner 10 milliards de FCFA aux six structures qui combattent la corruption (juge financier, juge judiciaire, agence nationale d’investigation financière, gendarmerie, police ; Commission), les autres disent que ça nous permet de récupérer 10 à 20%, c’est-à-dire sur les 500 milliards perdus, nous récupérons 50 milliards de FCFA par année. Donc dans notre budget actuel, si vous donner 10 milliards qui sont affectés dans la lutte à la fin de l’année on ne perdra plus les 500 milliards, mais peut être 400 milliards. Et on a gagné 100 milliards. Si on enlève les 10 milliards de lutte, on a gagné au finish 90 et multiplier par 5 ou 10 ans, on va parler de la corruption comme un mal résiduel au Gabon.

GN : Donc il vous faut l’argent de la corruption pour combattre la corruption ?

VLL : Les autres ont compris cette règle. C’est ça le secret. On ne pourra jamais arrivé au niveau zéro de corruption. Même dans le classement de Transparency International, le premier n’a pas niveau zéro, mais c’est réduit au stade où ça n’influence plus la vie au quotidien.

GN : Votre message de fin.

VLL : Dieu ne veut pas la mort du pécheur, mais il veut que le pécheur comprenne que sa nature première n’était pas le péché. Et s’il arrête avec le péché, il ne perd rien, au contraire, il retrouve toute sa dignité. Si un jour on peut descendre à Owendo avec 80 gendarmes ou policiers pour arrêter seulement une personne, on comprendra le message et le sens de notre combat. Le message c’est pas qu’on veut tuer cet homme, mais c’est qu’on lui dit, que le jeu que tu es entrain de vouloir imposer à la République est dangereux. Il faut qu’il le réalise dès le premier jour de son arrestation pour que chaque gabonais sache que la force doit rester à l’Etat.

Photo : JJS

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