En effet, le 24 décembre, les eaux et forêts, appuyés par WWF et Conservation Justice ont organisé avec l’aval du parquet du Woleu-Ntem une nouvelle opération de lutte contre le trafic d’ivoire. Cette opération faisait suite à deux autres opérations menées dans la même province (à Bitam le et Minvoul) avec la Police Judiciaire et ayant conduit à l’arrestation de deux trafiquants d’ivoire parmi les plus actifs du Nord Gabon. Ces derniers sont responsables de la mort de centaines d’éléphants depuis de nombreuses années, multiplient les complicités et usent de tous les moyens pour arriver à leurs résultats.

La dernière opération s’est malheureusement mal terminée pour les conservationnistes face à ces criminels organisés. L’absence de la Police Judiciaire dont plusieurs éléments avaient été passés à tabac par des militaires en surnombre et de celle de la gendarmerie qui n’est arrivée sur les lieux que tardivement malgré l’appel lancé par les eaux et forêts et le parquet a été préjudiciable.

Alors que rendez-vous était pris avec un trafiquant qui s’était bien présenté, l’équipe en place a du attendre l’arrivée de gendarmes qui ne sont arrivés que plus d’une heure après l’heure prévue. Un agent des eaux et forêts affecté au WWF a été contraint de menotter seul le trafiquant en question, alors que son confrère de la Direction Provinciale des eaux et forêts et leur partenaire de Conservation Justice vérifiaient dans un fourré proche que la situation était sous contrôle.

C’est alors que des braconniers complices ont surgi de la forêt pour s’interposer et lutter contre les agents, et surtout de protéger leur trafic et récupérer les 22 kg d’ivoire qu’ils espéraient se partager. L’agent du WWF a pu les faire fuir en les menaçant. C’est durant cette fuite que l’agent des eaux et forêts et son partenaire de Conservation Justice resté en arrière sont venus porter secours et se sont retrouvés malencontreusement face aux braconniers en fuite. Un de ces deux braconniers a directement ouvert le feu sans sommation ni savoir qui était en face de lui. Il a touché le juriste de Conservation Justice à la jambe. Son rôle en tant que juriste était de garantir la légalité de la procédure et d’éviter les abus de tout type, notamment les tentatives de corruption. Ses partenaires sont venus lui porter secours et c’est pendant cette agitation que le trafiquant a réussit à prendre la fuite avec une menotte attachée à une de ses mains. L’équipe n’a pu donc présenté aux gendarmes qui sont arrivés sur les lieux quelques minutes après que les 22 kg d’ivoire et les deux motos abandonnées par les braconniers, ces délinquants étant depuis activement recherchés.

L’agent de Conservation Justice a été amené à un centre de soins à Minvoul puis au centre hospitalier régional d’Oyem. Ces jours ne sont nullement en danger mais la blessure prendra du temps à cicatriser, avec plus de 20 plombs dans la jambe. Le juriste de Conservation garde le moral et explique : « j’attends de finir ma convalescence avant d’appuyer à nouveau les autorités dans le suivi juridique des cas liés à la faune. On ne peut tolérer ce type d’impunité dans notre pays ».

Ce triste évènement montre à quel point les trafiquants et braconniers sont prêts à tout, et confirme le peu de moyens humains et légaux dont disposent les eaux et forêts qui, rappelons-le, ne portent pas d’armes. Ils sont donc toujours accompagnés des gendarmes ou policiers grâce à une collaboration généralement bonne. Ce manque de réactivité des gendarmes de Minvoul a été une exception qui aurait pu être mortelle.

Finalement, il n’est que nécessaire de rappeler que la législation gabonaise ne prévoit des peines maximales que de 6 mois pour des cas de trafic de faune, contre 3 ans au Cameroun et 5 ans au Congo. Le Président de Conservation Justice explique à ce titre que : « le plus important est évidemment la santé de notre juriste. Cette triste affaire montre aussi que ces trafiquants sont prêts à tout et constituent une sérieuse menace. Le Gabon a jusqu’ici été relativement épargné mais il est à craindre que les risques et le trafic s’intensifient comme ça a été le cas pour d’autres pays qui ont perdu de nombreux agents dans cette guerre et pour lesquels l’impunité s’est développée à outrance. Renforcer l’application des lois demeure malheureusement la seule solution pour éviter une aggravation de la situation ».

Dans le cas présent, il est évident que les trafiquants et braconniers en fuite risquent beaucoup plus, pour tentative de meurtre, non assistance à personne en danger et fuite. Par ailleurs, le trafic de faune est très souvent lié au trafic de munitions, voire de drogue et à des actes de corruption lourdement punis par les lois. Les efforts du Gouvernement pour lutter contre ce trafic sont évidents et sont confirmés par les résultats des eaux et forêts comme des forces de l’ordre.

Ceci est principalement le cas dans le woleu-Ntem qui constitue une province ciblée par les trafiquants en raison de sa proximité avec le Cameroun où l’ivoire est exporté. Mais, comme nous le voyons fréquemment, l’application de la loi est renforcée et de nombreux trafiquants connaissent la prison.

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