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« Au Zimbabwe, Robert Mugabe semble fini »

Pour le chercheur Thierry Vircoulon, chercheur associé au Programme Afrique Subsaharienne de l’Institut français des relations internationales (Ifri).

La Croix : Robert Mugabe a accédé à la présidence du Zimbabwe il y a trente ans après avoir été premier ministre de 1980 à 1987. Pourquoi a-t-il été si populaire alors ?

Thierry Vircoulon : Robert Mugabe a combattu pour l’indépendance de son pays. Une fois cette lutte remportée, il a tendu la main à la minorité blanche au lieu de plonger son pays dans la guerre civile. À cela, il a préféré la réconciliation : par exemple, il n’a pas exproprié les blancs de leur propriété, il en a maintenu au pouvoir.

Que s’est-il passé par la suite ?

T.V. : Une fois au pouvoir, Robert Mugabe l’a rapidement monopolisé en commençant par neutraliser ses camarades de lutte. Il a ensuite manipulé les résultats des élections. Dans les années 1990, le pays a commencé à connaître des problèmes économiques, l’inflation a fait des ravages. Pour répondre à la grogne montante, en particulier chez ses anciens compagnons d’armes, il a exproprié les fermiers blancs en 2000. Ces derniers détenaient encore l’essentiel des terres agraires du pays. Il l’a fait brutalement. Des milliers de fermiers blancs ont quitté le pays, qui a plongé encore plus dans la crise.

Vous apparaît-il comme anachronique ?

T.V. : Il l’est autant par son âge – il a 93 ans et exerce le pouvoir depuis 37 ans, sans partage – que par son discours – il fait toujours référence à la lutte pour la libération du pays alors qu’une majorité de Zimbabwéens sont nés après l’indépendance. Et il y a le côté caricatural qu’il a pris ces dernières années : ses siestes pendant les réunions, ses propos anti-blancs… Cela ne trompe pas l’Afrique d’aujourd’hui, même s’il bénéficie toujours de la sympathie et du soutien des partis issus de la lutte pour l’indépendance, comme le Frelimo au Mozambique ou l’ANC en Afrique du Sud. Aujourd’hui, au Zimbabwe, Robert Mugabe semble fini. Le parti présidentiel, la Zanu-PF, va l’écarter ainsi que sa femme, Grace Mugabe, et mettre à leur place, une nouvelle équipe dirigeante. La transformation du parti en monarchie familiale ne pouvait pas être acceptée par le Zanu-PF.

Propos recueilli par Laurent Larcher

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