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Communiqué – Révision constitutionnelle : Le BDP-Gabon Nouveau rejette le scrutin à un tour

Le Comité Directeur, le Gouvernement de Salut National en exil du BDP-Gabon Nouveau et le mouvement dans son ensemble condamnent avec vigueur et rejettent avec force la modification unilatérale et scandaleuse de la constitution gabonaise par le régime d’Omar Bongo. La modification unilatérale et sans consultation avec la classe politique et civile de la république des articles 4, 9, 10, 73a, 75b, 77, 84, 109, 110 et 116 de la loi fondamentale gabonaise par la mafia étatique qui sévit actuellement au Gabon est la preuve flagrante qui, aujourd’hui, fait officiellement du régime Bongo une dictature monolithique à parti unique.

Les modifications faites à la constitution gabonaise, qui entre autres prolongent la durée du mandat présidentiel de 5 à 7 ans et instituent le mode de scrutin à un tour, n’ont d’autre but que de :

– renforcer encore plus les pouvoirs personnels et dictatoriaux d’Omar Bongo afin d’en faire un président-monarque qui serait seul arbitre de la destinée du pays sur la base de prérogatives despotiques visant à museler indéfiniment la nation gabonaise sur le plan politique et économique,

– prendre en otage la constitution gabonaise, et partant, confisquer la capacité du peuple gabonais à déterminer librement son avenir et à choisir ses dirigeants,

– ramener le pays au monopartisme de fait et ainsi assurer, au gré de mandats de 7 ans successifs et d’atteintes aux droits à la libre expression politique des Gabonais, la pérennité du bongoïsme le plus abjecte par des mécanismes constitutionnels et juridiques arbitrairement et unilatéralement manipulés par le régime lui-même.

Le BDP-Gabon Nouveau note que le régime Bongo détient l’un des records de manipulation constitutionnelle les plus ignominieux au monde, vu que  de 1967 à 2003, le régime Bongo n’a cessé de « brigander » la constitution gabonaise, la modifiant au moins trente et une fois en 36 ans, soit à peu près une fois par an en moyenne. C?est dire que le régime a pendant 36 ans entrepris de pétrir la loi fondamentale du pays en fonction des humeurs du monarque Omar Bongo, qui a ainsi cousu au fil des années une constitution sur mesure capable de lui faire réaliser son rêve de présidence à vie.

Modifier la constitution d’un pays n’est pas en soi un acte condamnable, dès lors qu’une telle modification est porteuse de progrès et se fait sur la base d’un dialogue national sérieux, constructif et concerté. Cependant, l’acte devient condamnable dès lors qu’il se construit sur la base d’un machiavélisme avéré reposant sur des arguments fantaisistes et manipulatoires. Le malheur du peuple gabonais est de s’être retrouvé avec un régime irresponsable qui, pour justifier son coup d’état constitutionnel contre le peuple, pousse l’immaturité et l’incompétence politique jusqu’au ridicule qui consiste à expliquer sa décision de révision constitutionnelle par  :

1) la nécessité de faire des économies :

C?est là de toute évidence l’un des arguments les plus légers que l’on puisse trouver. L?idée des coûts faramineux des élections au Gabon est certes vraie, mais il faut en trouver la cause dans les méthodes politiques corruptives qu’emploient Omar Bongo et son régime. Au Gabon, l’élection est avant tout un gigantesque processus d’achat des consciences car Omar Bongo, qui se sent amplement minoritaire dans le pays’son régime ne représenterait aujourd’hui que 5% de l’électorat gabonais’sait très bien qu’il ne peut plus gagner d’élection au Gabon sans corrompre à tout va la classe politique et les électeurs. C?est ainsi que les élections au Gabon coûtent en moyenne 20 milliards de F CFA (36 millions de dollars). Or, ceci apparaît comme exorbitant quand on sait que l’élection du gouverneur dans l’état de Californie aux USA coûte à peine 7 milliards de F CFA (soit 11 millions de dollars), alors que l’état de Californie compte une population de 34 millions d’habitants contre seulement 1 million pour le Gabon. Omar Bongo peut-il expliquer aux Gabonais le miracle qui fait que l’élection dans un pays d’un million d’habitant coûte trois fois plus cher que celle organisée dans un état américain 34 fois plus peuplé que le Gabon ? Et si on compare le Gabon à d’autres pays africains, on constate là encore des excès intolérables. Au Mali (12 millions d’habitants), les élections législatives ne coûtent que 6 milliards de F CFA, au Burkina Faso (13 millions d’habitants), elles coûtent 5 milliards de F CFA et au Togo (6 millions d’habitants), le coût ne dépasse pas 3 milliards. Ce que ces chiffres suggèrent est que le coût des élections au Gabon ne devraient jamais dépasser un milliard de F CFA si les choses étaient faites normalement.

Par ailleurs, qui a affirmé que l’on devait nécessairement verser un fonds électoral à chaque parti ou candidat qui se présente à une élection donnée ? Au Gabon, Omar Bongo n’a pas trouvé mieux que de distribuer de l’argent aux partis et autres candidats avant même la tenue de l’élection. Dans des pays plus sérieux, le franc électoral n’est versé aux partis et candidats qu’après l’élection et en fonction de leurs résultats, une fois qu’il a été vérifié que lesdits partis ou candidats ont fait bonne figure et ne se sont pas livrés à des pratiques corruptives ou illégales lors de leur campagne. Mais au Gabon, Omar Bongo n’hésite pas à donner jusqu’à 25 millions à chaque candidat avant même que les partis n’aient fait leurs preuves sur le terrain, une méthode somme toute assez curieuse qui voile à peine la corruption étatique à laquelle se livre officiellement le régime au vu et au su de tous. Et l’on s’étonne par la suite que les élections coûtent cher au Gabon !

C?est dire le caractère fantaisiste et nuisible du bongoïsme au Gabon. Pour un petit pays comme le Gabon, un milliard de francs CFA suffiraient amplement pour organiser une élection crédible. A ce titre, l’argument  principal avancé par le régime pour justifier son coup constitutionnel, c’est-à-dire le coût élevé des élections, ne tient pas debout quand on le considère à la lumière de deux paramètres inébranlables. D?une part, l’élection des représentants du peuple, qu’il s’agisse du président de la république ou des députés, est l’acte le plus important qu’un peuple ait jamais eu à accomplir. C?est l’acte d’affirmation de la souveraineté nationale par excellence. Cet acte est tellement sacré que le pays ne peut se permettre ni de bâcler les élections, ni de se livrer à des acrobaties politiques mesquines puisqu’il s’agit pour le peuple d’exprimer de manière solennelle ses choix politiques. Devant ce devoir sacré, l’on ne peut a priori reculer devant aucune dépense, ni aucun sacrifice, dès lors que cette dépense ou sacrifice permet au peuple de signifier clairement son choix politique. D?autre part, il existe des domaines dans lesquels l’état pourrait faire des économies capables de lui permettre d’organiser des élections valables, quel qu’en soit le coût.

Or, l’état gabonais, rien que par le dégraissage systématique des effectifs au sein des institutions de la république, devrait être capable de générer les fonds nécessaires au financement de n’importe quelle élection au Gabon. Pour s’en rendre compte, il suffit de regarder, encore une fois, le fonctionnement actuel de l’état sous Bongo. D?abord, il convient de constater que l’Assemblée nationale gabonaise et le gouvernement dirigé par Ntoutoume Emane sont tout simplement pléthoriques. Comment expliquer, en effet, que le Gabon, avec son petit million d’habitants, ait plus de députés (120) que le Burkina Faso (111) alors que le Burkina compte 13 millions d’habitants ? Par ailleurs, comment expliquer la nécessité pour le Gabon d’avoir un Sénat de 91 membres alors que le Burkina Faso, avec ses 13 millions d’habitants, n’en a pas ? Il existe dans le système Bongo de nombreuses autres aberrations, comme par exemple le fait que le Congo-Kinshasa, qui compte 56 millions d’habitants n’a qu’un gouvernement de 39 membres, alors que le Gabon, avec son petit million d’habitants, a un gouvernement de 40 membres’

Et si on regardait ce que cela coûte chaque année au Gabon pour entretenir une Assemblée nationale surpeuplée, un Sénat inutile et un gouvernement pléthorique, l’on se rend très rapidement compte de la dérive bongoïste qui ruine progressivement notre pays. L?on sait par exemple qu’au Gabon, les ministres gagnent des salaires allant de 30 millions de F CFA par mois à 70 millions, voire même 90 millions selon certaines rumeurs. Ainsi, si on suppose, par modestie, que la moyenne salariale des ministres gabonais se trouve dans les environs de 30 millions par mois par ministre, on aboutit forcément à une masse salariale gouvernementale mensuelle de 30 millions x 40 ministres = 1,2 milliards de F CFA, ce qui fait 14,4 milliards de F CFA pour l’année. Mais comme il y a aussi l’entretien des ministres au niveau du logement, du parc de voitures de fonction, des chauffeurs et autres primes d’entretien, il faut ajouter au moins 5 autres milliards, donc un coût global annuel de 20 milliards de F CFA. Evidemment, en ajoutant Omar Bongo lui-même dont le salaire demeure un secret d’état, on remarque que Bongo s’octroie chaque année environ 8 à 10% des revenus de l’état, soit environ 60 milliards de F CFA (100 millions de dollars), dont seulement environ 8 milliards sont alloués aux dépenses de fonctionnement de la présidence. Le reste disparaît dans les méandres occultes du bongoïsme le plus mafieux. Ceci voudrait donc dire que Bongo et son gouvernement de 40 membres coûtent au pays au moins 80 milliards de F CFA chaque année. Si, par la suite, on considère que chaque député à l’Assemblée nationale et chaque sénateur, toutes primes, salaires, traitements et entretiens inclus, coûtent à l’état au moins 4 millions de F CFA par mois par député (soit 48 millions par an) et 6 millions de F CFA par mois par sénateur (soit 72 millions par an), on aboutit à un coût salarial total d’environ 6 milliards de F CFA par an pour les 120 députés, et 7 milliards de F CFA par an pour les 91 sénateurs. Cela revient donc à dire qu’en termes de salaires et autres traitements uniquement, le gouvernement de 40 membres, l’Assemblée nationale de 120 membre et le sénat de 91 membres coûtent au Gabon au moins 33 milliards chaque année en salaires, primes et dépenses d’entretien divers.

Devant de tels chiffres, un gouvernement compétent qui désire faire de vraies économies afin de faciliter une organisation adéquate des élections dans le pays a des solutions toutes faites. Par exemple,

– en supprimant le Sénat, le gouvernement ferait automatiquement 7 milliards annuels d’économie salariale.

– en réduisant de moitié les effectifs à l’Assemblée nationale, le gouvernement économiserait automatiquement 3 milliards en salaires chaque année.

– en réduisant l’équipe gouvernementale de 40 à 20 membres, le gouvernement ferait 10 milliards de F CFA d’économie annuelle.

Nous obtenons donc ainsi une économie annuelle de 20 milliards de F CFA rien qu’en supprimant le sénat et en réduisant de moitié les effectifs de l’Assemblée nationale et du gouvernement. Ceci veut dire qu’en une seule année, le pays pourrait économiser 20 milliards de F CFA en salaires gouvernementaux et parlementaires, ce qui est égal aux 20 milliards de F CFA que dépense actuellement l’état pour l’organisation des élections. En termes plus simples, l’économie salariale décrite plus haut, ajoutée aux 20 milliards que l’état dépense actuellement, ferait un total de 40 milliards de F CFA, rendant donc ainsi possible l’organisation de n’importe quelle élection au Gabon.

Or, vu que les élections ne se tiennent que tous les 5 ans en moyenne, les calculs ci-dessus suggèrent en réalité 5 ans d’économies salariales qui se monteraient à 100 milliards de F CFA sur 5 ans. Et quand on y ajoute les 20 milliards que l’état dépense habituellement, le pays, en termes pratiques, se retrouverait avec un fonds électoral de 120 milliards de F CFA tous les 5 ans, ce qui constituerait un montant six fois supérieur aux 20 milliards dont le régime Bongo a besoin pour organiser des élections valables tous les 5 ans. En d’autres termes, des économies salariales telles que nous venons de les décrire dégageraient 120 milliards qui pourraient ainsi être alloués au budget électoral. Mais puisque le Gabon n’a besoin que de 20 milliards, eh bien le pays se retrouverait chaque année avec un surplus de 100 milliards de F CFA dont on ne saurait quoi faire, 100 milliards de F CFA qui pourraient être alloués à d’autres secteurs d’activités ou mis dans un fonds de compensation ou de développement. Cependant, nous savons tous que contrairement aux 20 milliards que le régime Bongo dépense, il faudrait tout au plus un milliard de F CFA pour organiser des élections valables au Gabon. Les coûts supplémentaires sont superflus car résultants de dépenses de corruption et d’achat des consciences dont le pays pourrait facilement se passer si le régime Bongo laissait le jeu démocratique se faire sans interférence de sa part. C?est dire que le régime Bongo gaspille actuellement 100 milliards de F CFA à payer des salaires inutiles à un gouvernement et à un parlement pléthoriques, et 19 milliards de F CFA dans l’organisation d’élections qui ne devraient coûter qu’un seul milliard.

Il va alors sans dire que les raisons financières évoquées par le régime Bongo ne sont qu’une tentative de mystification supplémentaire visant à asseoir une hégémonie bongoïste aux allures de monarchie au Gabon. Sur la base de ce simple calcul mathématique, l’argument bongoïste qui présente le changement de la constitution gabonaise comme un soucis de réduction des coûts électoraux qu’impliquent les élections à deux tours ne se justifie pas, vu que le Gabon, de par la taille de sa population, pourrait se contenter d’un tout petit milliard de F CFA pour satisfaire ses besoins en matière de dépenses électorales.

2) La limitation des candidatures fantaisistes :

La deuxième raison qu’avance le régime Bongo pour justifier la révision constitutionnelle est qu’il veut limiter les candidatures fantaisistes et donc limiter le vote au choix des candidats crédibles. La question que nous posons à Bongo est la suivante : qui est-il pour déterminer ce que c’est qu’une candidature fantaisiste ? Le but même d’une élection étant de permettre au peuple de faire lui-même souverainement le tri entre les candidats sérieux et les candidats fantaisistes, de quel droit le régime Bongo voudrait-il se substituer au peuple pour déterminer qui doit et qui ne doit pas se présenter comme candidat à un scrutin ? Par ailleurs, comment le régime définit-il un candidat crédible ? Il nous semble à nous au BDP que seul le peuple est à même de faire une telle détermination. Il y a, là encore, une tentative évidente de la part du régime Bongo de prendre totalement le peuple en otage en limitant arbitrairement ses choix électoraux.

3) La rigueur dans l’élaboration des programmes de société :

Omar Bongo et son régime justifient également le scrutin à un tour et le mandat de 7 ans par le fait qu’ils veulent encourager les candidats à la rigueur dans l’élaboration et la présentation de leurs programmes de société. D?abord, l’on pourrait demander au régime d’expliquer quel rapport il y a entre le sérieux des programmes électoraux de chaque candidat, la longueur du mandat présidentiel et la nécessité d’un scrutin à un tour. Il nous semble que ces trois aspects n’ont aucun rapport concret entre eux. Et vu que le tri des programmes se fait de manière naturelle par les électeurs eux-mêmes quand les candidats se présentent à eux, il n’y a que le peuple gabonais lui-même qui en sera le juge suprême et ultime. Il n’est donc pas nécessaire pour l’état de se mêler de choisir pour le peuple lequel des candidats est à même de se présenter à lui. Par ailleurs, si l’on jugeait le sérieux d’un programme à sa présentation, il y a longtemps que les beaux discours d’Omar Bongo et de son régime auraient dû apporter la démocratie, le développement économique et le bien-être aux Gabonais. Force est de constater que 36 ans plus tard, malgré les beaux discours et les programmes pompeux et « bien ficelés » du régime, le Gabon est toujours dans la stagnation politique, économique et culturelle et son avenir semble de plus en plus compromis au vu de l’incompétence de plus en plus avérée du régime Bongo. L?échec vieux de 36 ans du régime Bongo aurait donc déjà dû lui montrer que ce n’est pas la beauté d’un programme sur papier qui compte, mais son application sur le terrain. Et c’est malheureusement par cette incapacité à traduire dans la réalité les idéaux de développement et de démocratie du peuple gabonais que le régime Bongo a échoué. L?argument exigeant la « rigueur » dans la présentation des programmes est donc lui aussi irrecevable.

4) La suppression des alliances contre-nature :

Le régime, en instituant le scrutin à un tour et le mandat de 7 ans, dit vouloir empêcher les alliances « contre-nature » parce que pour lui de telles alliances « faussent le jeu démocratique au deuxième tour des élections ». Evidemment, l’on a tout de suite envie de poser la question au régime Bongo sur la manière dont il a déterminé que le deuxième tour des élections et le mandat de 5 ans faussent le jeu démocratique à cause des alliances « contre-nature ». Quel rapport direct y a-t-il entre le mode de scrutin, la longueur du mandat et les alliances ?

D?abord, il nous semble évident qu’une alliance n’est pas forcément, ni toujours « contre-nature ». En fait, il est difficile de parler d’alliance contre-nature dès lors qu’il y a alliance. Les partis qui s’allient et s’accordent sur un report des voix profitable au candidat le mieux placé se sont forcément et nécessairement entendus sur un minimum d’idées et d’objectifs, ce qui fait de leur alliance une entente fiable de par les dénominateurs communs qui les allient. Réviser une constitution avec la seule intention d’empêcher les alliances nous semble être une raison bien légère. En plus, un certain nombre de questions supplémentaires se posent. Par exemple, que fera Omar Bongo des candidatures indépendantes ? Faudra-il les supprimer juste parce que le régime a peur des « alliances contre-nature » ?

Par ailleurs, le régime s’est-il vraiment interrogé sur la validité du vote à un tour ? Il nous semple évident que la raison pour laquelle le vote à deux tours est beaucoup plus légitimateur et crédible que le vote à un tour se trouve dans la notion même de représentativité. Le vote à deux tours s’assure que ne peut être élu que le candidat qui aura recueilli le vote d’au moins 50% de l’électorat (personnes inscrites sur les listes électorales). Ainsi, quand aucun candidat n’obtient la majorité absolue de 50% au premier tour, seul un deuxième tour est alors capable de départager les candidats les mieux placés, tout en garantissant que la personne élue sera véritablement celle que le peuple dans sa majorité absolue aura choisi. Dans ce contexte, quand par le jeu des alliances le candidat le mieux placé au premier tour avec disons 45% des voix perd paradoxalement au deuxième tour face à son adversaire le plus proche qui n’avait que 15% au premier tour, il ne s’agit nullement d’un problème structurel relatif au mode du scrutin ou d’un dysfonctionnement démocratique, bien au contraire! Il s’agit tout simplement du fait qu’une majorité de l’électorat aura préféré donner sa voix à l’adversaire du perdant, même quand le perdant du deuxième tour aurait été le mieux placé au premier tour. C?est cela le jeu démocratique et rien d’autre. Le peuple est libre de s’aligner sur qui il veut au deuxième tour et quand le peuple s’aligne, c’est qu’il partage les opinions de la personne derrière laquelle il s’aligne. Il n’y a rien d’anti-démocratique dans cela, bien au contraire ! Tout candidat qui obtient au moins 50% des voix des électeurs inscrits est un élu légitime choisi librement par le peuple. C?est donc un élu qui, jugé crédible par l’électorat, aura la possibilité de travailler positivement et en harmonie avec le peuple qui l’a élu. Et c’est cette légitimité que le scrutin à deux tours assure, protège et garantit.

Le scrutin à un tour devient donc, par définition, un scrutin anti-démocratique car l’on peut facilement imaginer une situation où le candidat le mieux placé au premier tour aurait effectivement perdu au deuxième tour s’il y avait eu deuxième tour. Mais parce que le scrutin à un tour aurait été imposé, le peuple se retrouverait dirigé par un candidat à majorité relative pour lequel il n’aurait peut-être pas voté au deuxième tour. Ceci veut donc dire que le scrutin à un tour est dangereux parce qu’il ne permet pas au peuple de se prononcer de manière plus crédible et définitive. Or la nécessité pour le peuple de se prononcer de manière crédible et définitive doit toujours être garantie dans tout système qui se veut démocratique. Dans ce contexte, seule l’élection à deux tours permet de garantir cette crédibilité : quand il n’y a pas de majorité absolue au premier tour, le premier tour devient un outil d’élimination des candidats les moins crédibles et le deuxième tour départage les candidats les plus crédibles en permettant à la majorité de s’aligner derrière le plus crédible des finalistes, lui apportant ainsi une crédibilité et une légitimité qui lui faciliteront le travail puisqu’il est le choix de la vraie majorité.

Il suffit, donc, pour se rendre compte du caractère non démocratique du scrutin à un tour, d’imaginer une situation où, à une élection présidentielle donnée, il y aurait tellement de candidats que le candidat le mieux placé ne recueillerait que 15% de l’électorat. Ceci serait évidemment un scandale, tellement il serait apparent qu’un tel candidat ne mériterait pas de diriger le pays vu que 85% de l’électorat n’aura pas voté pour lui.

L?on comprend donc aisément pourquoi le régime Bongo s’entête à imposer le scrutin à un tour aux Gabonais. Pour Omar Bongo, l’équation est assez simple : sur la base spécifique de l’article 9 modifié, Omar Bongo se donne toutes les chances et pourrait désormais, en cas de boycott général ou d’abstention record, être porté au pouvoir par le seul vote de sa famille et de celles de ses complices dans un contexte où ils seraient les seuls à voter. Autrement dit, cette révision constitutionnelle ouvre la voie à l’arbitraire car en 2005, Omar Bongo pourrait être réélu avec seulement 1000 voix sur les quelques 400 000 ou 500 000 Gabonais qui pourraient s’inscrire sur les listes électorales. Et c’est justement cela le but de la manipulation constitutionnelle actuelle car dans un contexte où le bongoïsme ne représente aujourd’hui que 3 à 5% de la population, Omar Bongo sait très bien qu’il serait battu à plate couture au premier tour de l’élection présidentielle de 2005 si celle-ci se faisait dans les règles. Et parce qu’il compte sur une abstention encore plus féroce que lors des précédentes élections, il se prépare au coup d’état électoral le plus ignoble de l’histoire du Gabon. Nous risquons donc maintenant d’avoir au Gabon un président élu par 100 personnes.

En conséquence, parmi les diverses raisons évoquées par le régime, aucune aux yeux du BDP et du peuple gabonais n’est assez crédible pour justifier une révision de la constitution. L?article 9 devient donc le stratagème par lequel le régime compte opérer un coup d’état électoral contre le peuple et le prendre indéfiniment en otage.

Par conséquent, le BDP-Gabon Nouveau, devant le caractère antidémocratique de la révision constitutionnelle actuelle, et devant la dérive autocratique du régime Bongo, affirme avec force et sans détour qu’il ne devrait plus se tenir d’élections au Gabon sans réformes préalables. Les Gabonais se devront donc désormais de se préparer à bloquer tout processus électoral qui n’aura pas été précédé de vraies réformes. Au besoin, le BDP organisera lui-même des élections générales anticipées dans tout le Gabon pour créer un état véritablement démocratique dans notre pays. Parce que les risques de violences politiques irréparables sont plus que jamais présents au Gabon, il faut au régime Bongo accepter de s’engager immédiatement dans les réformes que demande le peuple, réformes qui s’articulent autour de la nécessité 1) de priver, par une révision constitutionnelle immédiate et dans le cadre d’un mandat de 5 ans, le poste de président de la république de tous ses pouvoirs de nuisance et de le transformer en fonction purement symbolique, 2) de donner son indépendance totale à la justice gabonaise afin de faire de notre pays un état de droit et de contre-pouvoirs qui mettra fin à l’impunité mafieuse actuelle, 3) de rendre la Commission électorale indépendante de tout pouvoir politique afin d’assurer une transparence électorale capable de redonner confiance au peuple, 4) de faire, après l’avoir réduite à 63 membres, de notre Assemblée nationale un instrument non partisan de contrôle de l’action gouvernementale, et non une institution « manioc » faite de députés « manioc » qui se font complices du détroussage systématique du peuple, 5) de réviser totalement le code électoral, ce qui permettrait une reformulation simplifiée et plus démocratique des circonscriptions et processus électoraux, 6) de supprimer le sénat actuel, qui demeure une institution inutile et coûteuse, en le remplaçant par un conseil des sages de 9 membres, et 7) de redonner son pouvoir au peuple en interdisant aux pouvoirs politiques de manipuler ou de changer des articles cruciaux de la constitution sans consulter le peuple par voie référendaire.

Le BDP pense que seule une réforme basée sur des principes constitutionnels démocratisés et garantissant l’alternance et la gestion responsable de nos ressources permettra de sauver la paix au Gabon, et partant, de lancer notre pays sur la pente du développement durable. Le BDP pense qu’une fois le système politique réformé, il ne faudra que 5 ans à un gouvernement compétent pour faire, sur le plan économique, ce que le régime Bongo n’a pas pu faire en 36 ans de pouvoir sans partage. Mais ceci ne sera pas possible avec Omar Bongo et sa mafia toujours au pouvoir. Voilà pourquoi Bongo doit partir, pour la construction d’un Gabon nouveau.

Vive le Gabon.
Vive la nouvelle république.

Fait le 15 août 2003 à Montclair, New Jersey, USA

Le Comité Directeur
BDP-Gabon Nouveau

P.O. Box 3216
TCB

West Orange, New Jersey 07052, USA
Tel: 973-655-5143 / 973-233-1652
Fax: 973-233-1652 / 973-655-7909
Site: https://www.bdpgabon.org

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