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Trois chefs d’état sur la sellette

Les présidents du Gabon, du Congo Brazzaville et de la Guinée Équatoriale sont visés par une plainte pour recel de fonds publics.

C’est un magnifique hôtel particulier rue de la Baume dans le VIIIe arrondissement de Paris. Il a été acheté au printemps 2007 par la famille du président gabonais, Omar Bongo, pour 18,875 millions d’euros. Probablement la plus belle acquisition de la famille qui dispose en France de 39 propriétés, dont 17 au nom du président Bongo, pour la plupart situées dans le XVIe arrondissement de la capitale.

L’étendue de patrimoine a conduit l’association Transparence internationale France (TI France), qui lutte contre la corruption, à déposer hier devant le tribunal de grande instance de Paris une plainte « avec constitution de partie civile » pour « recel de détournement de biens publics » contre les présidents du Gabon, Omar Bongo, du Congo Brazzaville, Denis Sassou Nguesso, et de la Guinée Équatoriale, Téodoro Obiang Nguema. Cette plainte vise à éclaircir les conditions dans lesquelles ces dirigeants et leur entourage ont acquis en France un patrimoine immobilier et mobilier très important.

« Le but central de cette action est de faire progresser la question de la restitution des avoirs détournés sur laquelle la France a pris des engagements forts », explique TI France. La France est en effet le premier des pays du G8 à avoir ratifié la convention internationale des Nations unies de lutte contre la corruption, dite de Mérida, qui fait de la restitution des biens et argent détournés un principe fondamental du droit international.

La plainte est prise très au sérieux au Gabon et au Congo si l’on considère les pressions et intimidations que subissent les plaignants depuis plusieurs mois. Au Gabon, 2.000 personnes réunies derrière l’association « Touche pas mon président » ont manifesté début octobre pour protester contre ces associations françaises qui dénoncent l’acquisition de luxueux biens immobiliers par le président.

Une première plainte déposée en mars 2007 avait été classée sans suite « malgré les résultats très probants d’une enquête préliminaire diligentée courant 2007 », selon TI France. Mais cette fois, la procédure utilisée – une plainte avec constitution de partie civile – devrait automatiquement déboucher sur la désignation d’un juge d’instruction.

Outre les 39 propriétés de la famille Bongo, l’enquête préliminaire de l’Office central de la répression de la grande délinquance financière avait permis l’identification de 70 comptes bancaires, dont 11 au nom d’Omar Bongo, ainsi que 9 véhicules de luxe d’une valeur totale approchant 1,5 million d’euros. 112 comptes bancaires. L’enquête a également révélé que Denis Sassou Nguesso et son entourage possédaient 18 propriétés en France, 112 comptes bancaires et de nombreux véhicules de luxe. Le fils du président de la Guinée Équatoriale ne disposerait que d’un seul appartement mais possède une impressionnante collection de voitures dont trois Bugatti Veyron valant 1 million d’euros chacune.

Malgré ces éléments, la plainte avait été classée sans suite, le procureur considérant que « l’infraction était insuffisamment caractérisée ». L’origine des fonds ayant permis l’acquisition de ces biens n’avait pas été recherchée. Pourtant, l’enquête de l’Office central de la répression de la grande délinquance financière, que « La Tribune » a pu consulter, ouvre des pistes intéressantes. Le magistrat a joint à son enquête un jugement rendu le 19 décembre 2007 opposant le président de la République du Gabon, Omar Bongo, à André Tarallo, l’ancien M. Afrique d’Elf. Le jugement rappelle l’existence de financements occultes mis en place par la compagnie Elf au bénéfice de trois chefs d’État toujours en exercice, Omar Bongo, Denis Sassou Nguesso et Paul Biya, président du Cameroun. « Des sommes d’un montant total d’au moins 120 millions de dollars pour la période 1990-1993 ont été détournées par ces seuls circuits financiers, pour alimenter en particulier divers comptes bancaires ouverts par M. Tarallo », souligne le jugement.

L’affaire embarrasse l’Élysée. Elle vient empoisonner un peu plus les relations entre Paris et son ancien pré carré africain. En mars 2008, l’ancien secrétaire d’État à la coopération Jean-Marie Bockel avait été écarté avant d’être nommé aux Anciens Combattants. Un mois plus tôt, le ministre d’ouverture avait appelé Nicolas Sarkozy à « signer l’acte de décès de la Françafrique ». Omar Bongo, Denis Sassou Nguesso et Paul Biya s’étaient sentis visés. Ils auraient alors demandé – et obtenu – la tête de Jean-Marie Bockel.

Menaces de mort

Intimidations, menaces, tentatives de corruption? Rien n’a été épargné à l’association Transparence Internationale France et à son avocat, William Bourdon, depuis qu’ils se sont engagés sur la voie d’une plainte avec constitution de partie civile. Ce dernier témoigne des pressions qu’il a subies au cours de l’été : « Un homme de type européen m’a expliqué que Denis Sassou Nguesso était très remonté contre moi et que seul Omar Bongo était en mesure de le calmer mais que pour cela il fallait que je renonce à la plainte. » Les parties civiles n’ont pas été épargnées non plus. Benjamin Toungamani est né au Congo Brazzaville mais vit en France depuis une vingtaine d’années. « Les menaces ont commencé dès cet été mais ont pris une tournure dramatique la semaine dernière lorsqu’un inconnu a menacé de s’en prendre directement à ma famille et à mon petit-fils. » Il a déposé plainte. Mais il a aussi demandé à son épouse de ne plus se constituer partie civile.

Par Xavier Harel
Source: La Tribune

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