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Afrique centrale : début du procès de Thomas Lubanga

Pour ce premier procès de la Cour pénale internationale, l’ancien chef de l’Union des patriotes congolais sera jugé pour le recrutement d’enfants-soldats, un crime de guerre jusqu’alors jamais poursuivi en tant que tel.

Il est des procès qui ont force de symbole. Celui qui doit s’ouvrir lundi matin devant la Cour pénale internationale à La Haye est du nombre. D’abord parce que si cette instance a été fondée il y a sept ans, elle siégera pour la première fois et les défenseurs des droits de l’homme en attendent beaucoup. Ensuite parce que les débats porteront sur le recrutement d’enfants-soldats, un crime de guerre jusqu’alors jamais poursuivi en tant que tel. Dans ces conditions, la personnalité du prévenu paraît presque secondaire.

Ancien homme d’affaires prospère, aujourd’hui âgé de 48 ans, Thomas Lubanga Dyilo fut, au tournant des années 1990, le chef charismatique de l’Union des patriotes congolais (UPC). Ce groupe, dominé par l’ethnie héma, semait la terreur en Ituri, un district au nord-est de la République démocratique du Congo (RDC) secouée par la guerre civile. Tour à tour allié à l’Ouganda puis au Rwanda, l’UPC a, selon l’accusation, conduit des massacres de centaines civils. Les troupes de l’ONU assistèrent impuissantes à cette vilaine guerre sur fond de rivalités ethniques pour s’assurer le contrôle des terres les plus fertiles et surtout les accès aux mines d’or. Près de 60 000 Congolais y auraient laissé la vie.

Dans Bunia, la capitale de l’Ituri, les groupes d’enfants-soldats, armés de Kalachnikov presque aussi hautes qu’eux, guettaient alors à chaque carrefour. Recrutés pour leur docilité, désocialisés, les gamins étaient utilisés pour les missions les plus dangereuses, les plus sales, les plus brutales. Aux petites filles incombaient les tâches ménagères et le rôle d’esclaves sexuelles.

30 000 mineurs combattants

«Ce procès est celui des enfants-soldats (…) l’un des crimes les plus graves et les plus inquiétants pour la communauté internationale», estime, à la veille de l’ouverture des débats, le procureur de la CPI, Luis Moreno-Ocampo. Pour cela, il entend requérir une «peine très, très élevée». Une condamnation à laquelle il entend aussi donner valeur d’exemple.

L’ONU estime qu’au plus fort de la guerre en RDC, 30 000 enfants avaient été enrôlés. L’UPC n’est pas le seul groupe à s’être livré à la formation d’enfants tueurs. Durant les guerres civiles qui ont déchiré l’Afrique dans les années 1990, toutes les milices ou presque avaient leurs groupes de « petits », recrutant souvent ouvertement comme la Small Boys Unit, de l’ancien président du Liberia, Charles Taylor, en jugement devant une autre instance. Des petits soldats qui hantent aussi les conflits afghans ou sri-Lankais. Selon Human Rights Watch (HRW), l’arrestation de Lubanga à Kinshasa en 2006, puis son procès sont donc «des étapes marquantes» dans la lutte contre l’enrôlement d’enfants et l’impunité. «L’affaire Lubanga a déjà eu un impact sur le comportement des chefs de guerres. Ils ont maintenant pleinement conscience de pouvoir faire eux-mêmes l’objet de poursuites» , affirme L’ONG.

Pour autant, HRW se garde de tout enthousiasme prématuré. Sur les dizaines de seigneurs de la guerre congolais, seuls quatre sont aujourd’hui incarcérés.

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