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L’Afrique méfiante face au FMI et au souvenir des « ajustements structurels »

Le FMI, qui s’emploie aujourd’hui à aider l’Afrique face à la crise mondiale, rencontre défiance et méfiance sur un continent hanté par le souvenir des ravages sociaux de ses politiques passées « d’ajustements structurels ».

Le directeur du Fonds monétaire international, Dominique Strauss-Kahn, est le premier à reconnaître l’impérieuse nécessité pour l’institution financière de redorer son blason, à l’occasion d’une conférence en Tanzanie qui s’achèvait mercredi sur l’impact de la crise financière en Afrique.

« Il y a un problème d’image (…) C’est un des buts de cette réunion. Ca atteint un niveau qui nous empêche de faire notre travail », a reconnu M. Strauss-Kahn devant la presse.

Les récents progrès économiques du continent ont été minés par la hausse des prix alimentaires et du pétrole à laquelle vient s’ajouter à présent l’impact de la crise financière mondiale.

Loin des 5,4% de croissance enregistrés en 2008, les prévisions de croissance pour le continent tournent autour de 3%.

« Le FMI nous a mis dans cette situation », « comment pouvons-nous lui faire confiance? » Des représentants de la société civile n’ont pas manqué de pointer, avant la conférence, le divorce consommé entre les opinions publiques africaines et l’institution.

« Pour des raisons politiques, c’est devenu impossible pour certains gouvernements de dire a la population de leurs pays qu’ils vont s’adresser au FMI », constate le patron du FMI.

Dans les années 80 et 90, les prêts du FMI et de la Banque mondiale étaient assortis de conditions drastiques, sous forme d' »ajustements structurels ».

Les détracteurs de ces « ajustements » ont dénoncé des privatisations ayant mis à mal l’accès des populations aux services publics de base, des réformes agraires orientées vers des agricultures d’exportation au détriment de la sécurité alimentaire de ces pays et des règles budgétaires draconiennes, destinées notamment à assurer le remboursement des prêts.

S’exprimant à l’ouverture de la conférence, le président tanzanien Jakaya Kikwete a rappelé au FMI son legs douloureux et décrit ses relations avec l’Afrique comme « douces-amères ».

« Je me souviens d’énormes manifestations anti-FMI au début des années 80 », a-t-il dit, ajoutant que beaucoup à l’époque considéraient le fait « d’accepter les diktats du FMI » comme un reniement des acquis de l’indépendance.

« En fin de compte, avec le soutien du FMI, des progrès notables ont été accomplis », a-t-il néanmoins ajouté.

M. Strauss-Kahn a pour sa part jugé injuste le ressentiment persistant à l’égard du FMI, affirmant que l’institution avait changé ces dernières années et que le continent serait en bien plus mauvaise posture sans les récentes politiques du FMI.

« Le FMI est régulièrement accusé de brutalement imposer ses politiques (…) alors que dans la plupart des pays d’Afrique, les taux de croissance ont été bons, notamment parce que ces politiques ont été appliquées », a-t-il plaidé.

L’économiste Jeffrey Sachs, de l’université de Columbia de New York, rappelant le lugubre bilan des ajustements structurels, « largement inspirés par les Etats-Unis », reconnaît des progrès de l’institution ces dernières années mais les juge encore insuffisants.

« Le FMI a modifié son modus operandi, il est sans aucun doute plus sensible au questions sociales et de développement mais il ne peut se prévaloir de réels succès (…) ni de parler de façon adéquate au nom des pays pauvres », estime-t-il.

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