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Les Gabonais dans l'attente d'élections libres

Entre émotion et soulagement, crainte et espoir, le coeur des Gabonais balance. Difficile de ne pas verser une larme dans une ville parsemée d’immenses panneaux qui proclament « Gloire éternelle à notre regretté président ! » ou assurent « Nous pleurons » sous une photo du défunt chef de l’Etat. Pas simple non plus d’imaginer un avenir sans Omar Bongo, horizon indépassable depuis quarante et un ans de ce petit pays pétrolier, pivot de l’influence française en Afrique. Comme des milliers de femmes, Roselyne, une ménagère, a été gracieusement convoyée jusqu’à l’aéroport de Libreville, par des bus de « ramassage » du parti présidentiel. Elle a attendu pendant des heures sous un soleil de plomb, jeudi 11 juin, l’arrivée du cercueil du président, dont la mort à Barcelone (Espagne) avait été annoncée lundi. Elle a pleuré sincèrement en évoquant « papa Omar », avant d’admettre « qu’il avait fait son temps ». Son camaïeu d’affliction et de détermination au changement donne la couleur du Gabon, trois jours après ce qu’un journal local appelle « la chute du baobab ».

Ce fut donc une belle cérémonie, avec son long tapis rouge déroulé sur le tarmac, ses 21 coups de canon tirés dans un silence pesant, son ballet d’hélicoptères et son hommage chamarré par tous les corps de l’armée et de la police. Longtemps avant l’atterrissage de l’avion prêté par le roi d’Espagne, Juan Carlos, pour rapatrier la dépouille mortelle du « presida » gabonais, sept de ses fils en costume sombre – dont Ali Ben Bongo, le ministre de la défense et candidat évident à la succession – étaient les seuls à se prêter au jeu des cameramen et des photographes, comme si la campagne électorale avait déjà commencé.

Le protocole de la République a fini par triompher. Rose Francine Rogombé, la discrète présidente du Sénat, nommée présidente par intérim pour quarante-cinq jours en vertu de la Constitution, a fait face au cercueil, entourée par le gouvernement et ses 48 ministres.

Devant l’aéroport, les femmes en boubous ou tee-shirts à l’effigie du président disparu ont hurlé de douleur devant les caméras au passage du cercueil recouvert du drapeau national. Sitôt le cortège éloigné, elles sont retournées à leurs commerces de boissons fraîches et de sandwichs. La cérémonie s’est prolongée par un défilé funèbre sur 11 kilomètres jalonnés par la foule, jusqu’au palais du bord de mer, siège de la présidence où les membres des corps constitués et la population sont invités à venir s’incliner quatre jours durant.

Suivront les obsèques solennelles, mardi 16 juin, en présence de chefs d’Etat étrangers, avant l’inhumation, deux jours plus tard, à Franceville (sud-est du Gabon), dans la région natale d’Omar Bongo.

Au centre-ville, aux dimensions d’une sous-préfecture, quelques files d’attente devant les boulangeries traduisent l’inquiétude des consommateurs : que des événements inattendus ne viennent compromettre l’approvisionnement. L’annonce du décès du président, après des semaines de dénégations officielles sur sa maladie, avait provoqué un vent de panique et une ruée sur les magasins. Mais la prestation de serment de Mme Rogombé, mercredi, traduisant la continuité des institutions et éloignant la crainte d’un coup d’Etat, semble avoir détendu l’atmosphère et délié les langues.

LA PEUR DU VIDE

« Les Gabonais attendaient que Bongo s’en aille, affirme un travailleur émigré béninois. Mais si les salaires venaient à tomber avec retard, ce serait la révolution ici. Au moins avec Bongo les gens étaient payés régulièrement. »

La peur du vide, la crainte de l’avenir étreignent Yolande, hôtesse d’accueil qui arbore la silhouette d’Omar Bongo sur son tee-shirt et participe aux cérémonies. « Je me sens orpheline. En quarante-deux ans d’existence, j’ai toujours connu Omar Bongo comme président. Je lui suis reconnaissante d’avoir su préserver l’essentiel : la paix. Il répétait que « la paix se mange » (car elle permet l’approvisionnement) et il avait raison. » Mais aujourd’hui Yolande aspire à « vivre autre chose » et elle craint qu’une « clique de crocodiles » tente d’accaparer le pouvoir. « Nous ne sommes pas une monarchie ! », s’exclame-t-elle lorsqu’on évoque les ambitions des enfants de feu le président.

Ce refus d’une succession dynastique et l’espoir « d’élections dans les normes » sont des sentiments largement partagés, y compris parmi les Gabonais qui pleurent Omar Bongo. Mais de telles aspirations risquent de se heurter à de fortes pressions et à de mauvaises habitudes ancrées depuis des décennies.

« Cette fois, nous allons choisir nous-mêmes. Aucune dérogation à la Constitution, aucun coup de force ne sera accepté par le peuple », avertit Patrick, un enseignant de 39 ans qui participe lui aussi à l’hommage rendu à l’aéroport. La France, dont il craint l’intervention en sous-main, ne doit pas, insiste-t-il, « nous empêcher de tourner la page Bongo ».

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