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Médias : RSF tire la sonnette d'alarme sur les cas de guerre ou d'élections contestées

Le bilan 2009 de Reporters sans frontières (RSF) met un accent particulier sur les risques encourus par les journalistes en période de guerre ou d’élections contestées. Le rapport révèle notamment qu’en 2009, 167 journalistes ont été emprisonnés dans le monde et 157 professionnels des médias forcés de prendre les routes de l’exil.

Pour Reporters sans frontières (RSF), l’année 2009 restera marquée par deux événements majeurs, à savoir le plus grand massacre de journalistes commis en une seule journée, celui de 30 professionnels des médias par la milice privée d’un gouverneur du sud des Philippines ; et la vague d’arrestations et de condamnations sans précédent de journalistes et blogueurs en Iran après la réélection contestée du président Mahmoud Ahmadinejad.

Le rapport signale que pour échapper à la prison ou à la mort, près de 160 journalistes de tous les continents ont pris le chemin de l’exil, dans des conditions parfois très périlleuses.

«Les guerres et les élections ont été les principales menaces concernant les journalistes en 2009. Couvrir un conflit est de plus en plus dangereux, tant les journalistes sont pris pour cibles et risquent assassinats ou enlèvements. Mais faire son travail de reporter en période électorale peut s’avérer tout aussi dangereux et conduire directement en prison ou à l’hôpital. Les violences pré ou post-électorales commises contre des journalistes ont été particulièrement importantes en 2009 dans des pays peu démocratiques», explique le secrétaire général de RSF, Jean François Julliard.

«Les blogueurs et les sites Internet sont également de plus en plus nombreux à être touchés par la censure et la répression. Il n’existe pratiquement plus aucun pays, aujourd’hui, qui échappe à ce phénomène. Chaque fois qu’Internet ou les nouveaux médias (réseaux sociaux, téléphones portables, etc.) jouent un rôle prépondérant dans la diffusion d’informations, le retour de bâton est sévère. Les blogueurs sont désormais tout autant surveillés que les journalistes des médias traditionnels», indique-t-il.

Jean François Julliard ajoute que la «principale inquiétude concernant l’année 2009 vient de l’exode massif de journalistes en provenance de pays répressifs comme l’Iran ou le Sri Lanka. Les autorités de ces pays ont compris qu’en incitant les journalistes à partir, elles réduisaient ainsi considérablement le pluralisme des idées et le degré de critique. Cette tendance est dangereuse et il faut absolument qu’elle soit dénoncée avec force».

RSF relève encore que la quasi-totalité des journalistes tués en 2009, à l’exception du réalisateur de documentaires franco-espagnol Christian Poveda, assassiné au Salvador, étaient des nationaux.

«Moins connus de l’opinion publique internationale que les grands reporters, ce sont pourtant ces journalistes locaux qui paient, chaque année, le prix le plus lourd pour garantir notre droit à être informés sur les conflits, la corruption ou la destruction de l’environnement», déplore le secrétaire général d’RSF.

Le nombre d’enlèvements continue également à augmenter légèrement et «trois ans après l’adoption de la résolution 1738 du Conseil de sécurité des Nations unies sur la protection des journalistes en zones de conflit, les gouvernements semblent toujours incapables d’assurer la sécurité des professionnels des médias», déplore le rapport.

Les agressions et les menaces ont aussi augmenté d’un tiers (passant de 929 cas en 2008 à 1456 en 2009). C’est sur le continent américain (501 affaires) que les journalistes sont les plus exposés, notamment quand ils dénoncent le narcotrafic, la corruption, ou les potentats locaux. Le nombre de journalistes arrêtés (de 673 en 2008 à 573 en 2009) connaît en revanche une légère baisse, notamment du fait de la baisse des privations de liberté en Asie.

Concernant le cas du Gabon, RSF rappelle que plusieurs journalistes ont été agressés et d’autres menacés de mort dans les jours qui ont suivi l’élection d’Ali Bongo à la tête du pays. Une demi-douzaine de médias ont, en outre, été fermés temporairement pour avoir fait état des violences post-électorales et critiqué les membres du nouveau gouvernement.

Les élections pluralistes, symboles de démocratie et de libre expression, peuvent tourner au cauchemar pour les journalistes. En période électorale, les médias d’Etat sont trop souvent empêchés de couvrir équitablement les activités des candidats, comme cela a été le cas lors de l’élection afghane controversée ou du simulacre électoral en Guinée équatoriale. Les problèmes les plus sérieux surgissent à l’annonce des résultats.

Cette année, l’audace dont ont fait preuve les journalistes en périodes pré et post électorales a été sanctionnée par des détentions, des mauvais traitements et des peines de prison, pour certaines extrêmement lourdes. Ces scénarios répressifs d’après scrutin doivent inciter la communauté internationale à trouver les moyens de mieux protéger la presse après l’annonce de victoires bien souvent volées ou biaisées.

«En tout cas, cette vague de violences augure mal de l’année 2010 au cours de laquelle des élections clés auront lieu notamment en Côte d’Ivoire, au Sri Lanka, en Birmanie, en Irak ou encore dans les Territoires palestiniens», alerte RSF.

Au 30 décembre 2009, au moins 167 journalistes sont emprisonnés dans le monde. Il faut remonter au début des années 1990 pour trouver un nombre aussi important de journalistes emprisonnés dans le monde. Bien que le rapporteur spécial des Nations unies sur la liberté d’expression ait maintes fois répété que la prison était une peine disproportionnée dans une affaire de presse, de nombreux gouvernements maintiennent de telles sanctions dans la loi, et en abusent, déplore le rapport.

On recense, en 2009, plus de dix cas d’arrestations au Niger, en Gambie et en Somalie, l’Érythrée se maintenant au rang de première prison d’Afrique pour les journalistes avec 29 confrères derrière les barreaux.

Pour la première fois, RSF a inclus dans ce bilan annuel le chiffre des journalistes contraints de quitter leur pays suite à des menaces sur leur vie ou leur liberté. Ce ne sont pas moins de 157 professionnels des médias forcés de prendre les routes de l’exil, parfois dans des conditions très difficiles. En Afrique, avec la cinquantaine de journalistes somaliens qui ont fui le chaos et la dizaine de reporters érythréens contraints de quitter leur pays de peur d’être la cible de représailles de la pire dictature du continent.

Ce nouvel indicateur témoigne de la peur qui règne dans certains pays au sein de la profession. Sur le chemin de l’exil, les journalistes rencontrent de nombreuses embûches et leur futur est incertain. Beaucoup attendent des mois, voire des années, dans l’attente d’une protection et d’une hypothétique réinstallation, révèle enfin le rapport 2009.

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