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Au Gabon, certains cherchent l’eau « comme au désert »

« Ici, pour avoir l’eau, il faut chercher. Nous sommes comme au désert! », lance Jeannine, une mère de famille exaspérée par les coupures d’eau longues et récurrentes à Libreville, alors que son pays, le Gabon, a un important réseau hydrographique.
« Des fois, nous, on fait deux semaines, un mois sans eau! », explique Jeannine Bibila, lavant un immense tas de linge posé devant une fontaine publique à Kinguélé (nord-est de Libreville).
Avec ses rues qui deviennent boueuses après la pluie, Kinguélé est un des 85 quartiers officiellement dits « sous-intégrés » sur les 100 que compte Libreville. Ici, quasiment tous les ménages se ravitaillent en eau à la fontaine publique… quand il y en a, comme ce week-end de mars.
« Quand on voit l’eau comme ça, on est content! On ramasse les choses et on vient ici », explique la voisine de Jeannine. Pendant la discussion, des riverains viennent remplir des bouteilles, bidons, seaux et bassines. Des enfants s’amusent à se glisser sous les jets d’eau, par une forte et humide chaleur.
Quand il n’y a pas d’eau, reprend Jeannine, « on va au puits, mais pour laver le linge et les assiettes seulement. On ne peut pas boire cette eau là. Il y a eu des fois, c’est les militaires qui nous ont amené de l’eau. Ici, nous souffrons ».
En décembre, des habitants de Kinguélé avaient érigé des barricades et bloqué des artères après être restés plusieurs jours d’affilée « sans une goutte d’eau au robinet », rappelle « Bijou », de Kinguélé-Transfo, secteur voisin. Les autorités avaient alors dépêché le génie militaire pour leur approvisionnement.
Puis le gouvernement a mis en demeure la Société d’eau et d’énergie du Gabon (SEEG), filiale à 51% du groupe français Veolia, d’exécuter correctement sa mission sous peine de rompre la convention de concession liant depuis 1997 l’Etat à Veolia.
Au terme de ce contrat signé pour 20 ans, la SEEG est chargée de produire, transporter et distribuer l’eau potable et l’électricité dans ce pays de 1,5 million d’habitants, dont une grande majorité vit à Libreville et Port-Gentil (sud, capitale économique).
Sur son site, Veolia déclare desservir 1,03 million d’habitants en eau potable et 1,26 million en électricité, assurant que « les raccordements aux services d’eau et d’électricité » ont augmenté de 50% et le nombre de personnes recevant l’eau potable « de 70% » depuis 1997.
Le gouvernement gabonais espère atteindre un taux de « 100% d’accès à l’eau potable » en sept ans, a assuré dimanche le ministre de l’Energie et des Ressources hydrauliques, Régis Imongault, lors d’un débat télévisé à la veille de la Journée mondiale de l’eau.
Au coeur de la capitale, à Venez-Voir, autre mini-bidonville où les enfants n’ont que les routes défoncées comme espaces de jeu, tous ces chiffres ne représentent que des mots.
« Ils parlent, ils parlent seulement. Il y a tout le temps des coupures d’eau. Ca fait neuf ans que je suis là et c’est toujours comme ça », soutient Aïcha, vendeuse malienne. « On a les habits sales, la cuisine à faire, on doit donner à boire à la famille et on n’a pas d’eau. On ne pense pas que le Gabon est comme ça avant de venir » dans ce pays à cheval sur l’équateur, bénéficiant d’une abondante pluviométrie et doté de nombreux fleuves et cours d’eau.
Outre les coupures d’eau, des inondations et la pollution par les eaux usées affectent nombre de quartiers « sous-intégrés » de Libreville, des zones marécageuses peuplées à la faveur de l’exode rural et de l’arrivée de migrants attirés par les salaires de ce pays pétrolier.

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