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Déguerpissement musclé à Mont-Bouët : à qui profite le «crime»?

Depuis plus d’un mois maintenant l’on a assisté au déguerpissement des commerçants occupant illégalement le domaine public. Notamment la bretelle menant du feu rouge de La Peyrie au marché Mont-Bouët. Aparavant, il y avait déjà la destruction des édifices construits aux abords des artères de la ville. Aujourd’hui, force est de constater qu’il manque une réelle suite à ces actions. A qui profite donc le «crime» ?

Juste quelques jours après la Coupe d’Afrique des nations de football 2012 que le Gabon a co-organisé avec la Guinée Equatoriale, les commerçants qui exerçaient depuis des années sur l’axe feu rouge de La Peyrie – marché Mont-Bouët ont été surpris par leur déguerpissement manu militari.

Quelques heures avant cet épisode de destruction et de ramassage de toutes marchandises et autres tables de commerce, le porte-parole du ministère de l’Intérieur faisait une annonce à la télévision nationale. Une note à travers laquelle il citait le ministre Jean François Ndongou concernant les délais et l’obstruction de toutes les voiries du marché. Celles-ci devaient être ré-ouvertes pour permettre aux riverains de ces zone d’y accéder sans difficulté. Aussi, s’agissait-il de faciliter la circulation dans ces lieux devenus, par la force du temps, un «Grand centre commercial» à ciel ouvert.

De la parole à l’acte, des marchandises gardées à la belle étoile par les commerçants de plusieurs nationalités ont été raclées, transportées et déversées très loin, dans les décharges d’ordures. Ce qui a entrainé des pleurs, des larmes, des lamentations, des supplications de ces femmes et hommes qui se réveillaient et se retrouvaient, du jour au lendemain, sans aucune source de revenu.

«Vous ne pouvez pas imaginer ! J’ai failli m’évanouir quand j’ai vu qu’il n’y avait plus rien à ma place», expliquait Hermine M. quelques jours après ce qu’elle a qualifié de «drame». « C’est vrai qu’il y a une question de droit ou de légalité. On dit que c’est le domaine public. Mais on ne pense pas à tous ces pères et mères de famille. Que vont devenir nos enfants ?» s’interrogeait-elle.

Devant l’armada de policiers déployés pour gérer cette situation «délicate» et qui patrouille le long de ces rues, ces hommes et femmes essaient de se refaire une vie afin de parvenir à résoudre les besoins de leur famille. C’est donc un rythme de cache-cache qui s’est développé dans ce milieu où les forces de sécurité campent depuis lors jour et nuit. «Croyez-moi, cette fois c’est la bonne. Il n’y aura plus de laisser aller», a renchéri un policier qui entendait les railleries de certains passants.

Même si l’idée d’ouvrir les routes et d’offrir de meilleures voies d’accès aux populations est bonne, il n’en demeure pas moins que le flot de commerçants qui écumaient ces lieux est désormais jeté en pâture. Pour preuve, les commerçants de La Peyrie se sont résolus à entrer dans les maisons du voisinage pour pouvoir écouler leur denrée et subvenir à leur besoin. Ceci, parfois avec des altercations imparables avec les forces de l’ordre. En conséquence, de plus en plus, aujourd’hui, dans les artères la capitale, un phénomène de commerçants ambulants se développe.

Alors, au regard de la fréquence de ces déguerpissements et du nombre de personnes mis au «chômage technique», on se demande en fin de compte à qui profite le crime. «Il n’y a plus de place dans les marchés périphériques», explique une commerçante béninoise. «Le gouvernement devait d’abord nous indiquer un autre endroit avant de nous chasser», a ajouté une autre.

Une petite enquête révèle que les prix des comptoirs, déjà saturés, au marché de Mont Bouët, de Nkembo ou de Nzeng-Ayong, peuvent s’élever à plus d’une centaine de mille par mois. Or, le fonds de commerce de ces personnes est parfois loin de six chiffres. Nombreux s’en plaignent d’ailleurs : «les marchés sont souvent construits par les Libanais. Ce qui fait que même quand c’est la mairie qui les gère cela nous revient trop cher. Tout simplement parce qu’il faut rembourser le constructeur et faire son bénéfice», a lancé un vendeur camerounais.

Quoi qu’il en soit, on a l’impression que le gouvernement a mis la charrue avant les bœufs. A-t-on pensé au flot de personnes désormais au chômage ? A-t-on pensé à la montée fulgurante du taux d’insécurité dans ce genre de moment ? Qu’a-t-on proposé comme mesures d’accompagnement ? Ce sont là des questions qui méritent des réponses afin d’éclaircir l’opinion et de faire aboutir dans les règles l’émergence souhaitée par le président Ali Bongo Ondimba.

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