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La banderole de toutes les interprétations

Une banderole affichée au ministère gabonais des Affaires étrangères, annonçant la 9e session de la Conférence Islamique des ministres de l’Information qui s’est ouverte à Libreville le 19 avril à Libreville, a suscité moult commentaires aussi bien sur elle-même que sur cette conférence.

Portant sur la 9e session de la Conférence Islamique des ministres de l’Information qui s’est ouverte le 19 avril dernier à Libreville, une banderole suscite le débat auprès de nombreux automobilistes, usagers de taxi et piétons de passage devant le siège du ministère gabonais des Affaires Étrangères, de la Coopération Internationale, de la Francophonie, Chargé du NEPAD et de l’Intégration Régionale.

«A qui s’adresse donc cette banderole», interroge un quidam dans un taxi avant de répondre lui-même et de faire remarquer, «aux Gabonais qui doivent être tenus au courant de cette conférence. Mais pourquoi, les plus grands caractères du message de cette banderole sont-ils en Arabe ? Est-ce qu’en Russie, pour s’adresser aux Russes, on écrit ainsi le plus gros du message en caractère phéniciens ? Est-ce qu’en Corée les banderoles annonçant le sommet sur le nucléaire étaient écrit en une autre langue que le Coréen ?»

Et le taximan de répondre que nombreux de ses clients ont fait des remarques similaires. «Est-ce que les délégués qui viennent à cette conférence vont lire cette banderole ? Elle e st avant tout destinée au Gabonais. On est dans le monde francophone et le ministère dont la clôture arbore cette banderole abrite bien une direction de la Francophonie, non ? C’est un pied de nez fait à la Francophonie ou quoi ?», s’énerve le compagnon du premier quidam.

D’autres, voyant cette banderole se sont demandés si le Gabon était devenu un pays islamique. Si le premier objectif de l’Organisation de la coopération islamique (OCI) est de «consolider la solidarité islamique entre les États membres», on devrait tout de même rappeler que, nonobstant son nom, cette Organisation n’a rien de religieux. Ses buts sont politiques, culturels, économiques et sociaux. C’est ainsi que, d’une part, des États d’idéologie laïque comme, par exemple, l’Algérie, l’Irak, la Turquie ou la Syrie, y participent et que, d’autre part, certains États membres y sont représentés par des chrétiens. A contrario, plusieurs États comptant des centaines de millions de personnes de confession musulmane ne sont pas représentés au sein de l’OCI, comme l’Inde ou de la République Populaire de Chine.

Le mélange des genres remarqué sur l’annonce placée au ministère des Affaires étrangères et la confusion qu’elle a suscité, s’est exacerbé lorsqu’on a vu à la télévision le président Ali Bongo commencer et terminer son allocution d’ouverture de cette conférence par la formule très islamique «Wa Salaamou Aleykoum Wa Rahma toullaahi Wa Barakaatouhou !» De quoi se demander si le Gabon est toujours un pays laïque, ainsi qu’indiqué dans sa constitution.

Certains se sont demandés pourquoi la banderole, commanditée par le ministère de la Communication, indiquait que l’évènement est placé «sous le haut patronage de son Excellence Ali Bongo Ondimba, président de la République, chef de l’État». Notant que le patronyme du président est le seul groupe de mots de cette annonce écrit en gras, la journaliste Laure-Patricia Manevy de La Nouvelle République s’est énervée : «Ca tient du culte de la personnalité. Ali Bongo ne leur demande même pas ça ! Mais ils croient bien faire en mentionnant toujours le nom du président alors que cette pratique est interdite !»

Effectivement, une note officielle datée du 9 août 2010 et signée par Guy Bertrand Mapangou, alors porte-parole et secrétaire général adjoint de la présidence de la République, avait décrété que «tout spot publicitaire, toute bande-annonce concernant un patronage ou l’utilisation d’un séminaire par une administration qui utilise l’image du chef de l’État ou fait référence au chef de l’État ne peut être ni monté, ni imprimé, ni publié, ni diffusé dans vos organes respectifs sans l’accord express du secrétaire général adjoint, porte-parole de la présidence de la République». Cette mesure a-t-elle été abrogée avec le départ de Guy Bertrand Mapangou de la présidence de la République ? En tous cas cette banderole, tout comme la conférence qu’elle annonçait, aura suscité bien de remarques et réflexions.

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