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Françafrique: le déni d’Ali

Vincent Hugeux
PAR VINCENT HUGEUX

La riposte a quelque chose de rituel, voire de pavlovien. Pour peu que l’on prononce en sa présence le mot « Françafrique », Ali Bongo Ondimba dégaine, entre irritation et lassitude, son arsenal de formules magiques. Au choix, sinon dans un même souffle : « Vous me parlez de quelque chose que je ne connais pas » ou « C’est une affaire qui ne me concerne pas ». Tel fut le cas hier jeudi au sortir de son entretien avec François Hollande. Rien de nouveau sous le soleil d’Afrique centrale : déjà, en septembre 2011, à l’issue d’un conseil des ministres délocalisé à… Franceville, le président gabonais avait répliqué en ces termes à l’entretien-choc, publié par le JDD, dans lequel Robert Bourgi, caricature de l’émissaire de l’ombre postcolonial, se vantait d’avoir convoyé au profit de la Chiraquie les largesses en cash d’une demi-douzaine de chefs d’Etat subsahariens, à commencer par un certain Omar Bongo, père, mentor et prédécesseur d’Ali : « Je ne connais pas la Françafrique », « C’est une affaire qui ne me concerne pas ».

Au passage, on notera qu’ « ABO » ne nie pas l’existence de ces réseaux politico-militaro-affairistes tout en opacité qui ont si longtemps parasité la relation entre l’ancien empire colonial et son défunt pré carré, et la brouillent encore parfois. Non, à l’en croire, il ignore tout de ces pratiques opaques. C’est fou comme, de nos jours, les chefs d’Etat sont peu curieux ou mal informés. Mieux, à Franceville, le dauphin mal élu avait enrichi son esquive de cette instructive nuance : « Une affaire qui relève du passé » ; tout comme il émettra à Paris cette réserve symptomatique : « Une question qui pour moi n’existe pas ». En clair, ces turpitudes, auxquelles d’autres se sont livrés, ont bien assombri le ciel franco-africain.

On peut à peu près tout dire de la Françafrique, concept élastique. Qu’elle vit ses derniers instants (mais Dieu que l’agonie paraît interminable…) ; qu’elle est condamnée par les lois implacables de la mondialisation et l’irruption sur le continent noir de nouveaux acteurs dotés d’une redoutable puissance de feu ; qu’elle bat ça et là en retraite sous les coups de sociétés civiles brouillonnes mais vigilantes. Mais comment prétendre la méconnaître à ce point quand on a grandi à l’ombre d’Omar Bongo, quand on a été formé, non sans rudesse d’ailleurs, aux jeux cruels de la politique par celui qui fut, côté africain, le gardien en chef du musée vivant de cet anachronisme ?

Face aux médias, Ali Bongo a vanté la « formidable amitié entre nos deux pays et nos deux peuples. » Envolée lyrique à laquelle répond la sèche sobriété du communiqué de l’Elysée, où affleurent en filigrane les griefs et les attentes que suscite à ce stade la performance de l’héritier : la rencontre entre les deux chefs d’Etat, y lit-on, a aussi fourni à François Hollande « l’occasion de souligner les principes qu’il souhaite voir guider les relations entre la France et le Gabon : dialogue exigeant sur les questions de gouvernance, de lutte contre la corruption et de pluralisme démocratique (…) » Difficile de soutenir que celles-là « n’existent pas ».

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