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Le coup de pied d’Anicet Bongo dans la fourmilière

En antinomie avec la déclaration du président Ali Bongo le 12 septembre devant le congrès du Parlement, la dernière livraison du mensuel Croissance +, édité par Anicet Bongo, est littéralement un pavé dans la mare. Le frère du président de la République dénonce le mutisme coupable et l’égoïsme des acteurs politiques, les dissensions au sein du PDG et de la majorité. Il défend Raymond Ndong Sima et appelle à une concertation nationale.

«Toute vérité n’est pas bonne à dire [et] toute vérité n’est pas bonne à croire», écrivait Beaumarchais. Partant, on doit se demander s’il revient à Anicet Adnan Bongo Ondimba, frère cadet du président Ali Bongo, de dire la vérité et, si on doit y croire, quelle interprétation en avoir ? Dans la dernière livraison de Croissance +, mensuel économique dont il est promoteur, Anicet Bongo dévoile une pensée à rebrousse-poil de l’actuelle posture de sa famille politique et biologique au sujet, notamment, des pesanteurs qui minent l’action du chef de l’État et surtout, de la concertation politique promue par l’opposition et dernièrement refusée par Ali Bongo devant le congrès du Parlement.

Des trouillards sur les plateaux

Intitulés «Comment sauver le technocrate Ndong Sima» et «Sommes-nous une bande de trouillards sur les plateaux ?», deux textes suscitent aussi bien l’intérêt que l’étonnement dans l’édition n°134 de Croissance +. S’appuyant sur le dicton africain selon lequel «ne rien dire de ce l’on voit ou sait, c’est le début de la trahison», Anicet Adnan Bongo Ondimba, dans le dernier de ces articles, interpelle les hommes politiques du Haut-Ogooué. Notamment «les Atégué et les Obamba, l’ethnie de notre cher président de la République,» auxquels il demande : «Pourquoi avez-vous peur de vous exprimer face aux situations que vous savez pas bonnes […] Vous devez aussi contribuer en dénonçant ce qui n’est pas bon pour le pays et pas bon pour la population.»

Élargissant sa diatribe au niveau national, le directeur de Croissance + souligne que «la plupart de nos dirigeants préfèrent se taire et gagner leur pécule avec honte, oui avec honte car ils savent bien qu’ils ne méritent pas ces avantages en nature […] Tous se taisent et ne rendent pas service au président de la République.» Anicet Bongo qui se déclare «inquiet et très inquiet de la tournure des choses» en vient à demander que «le peuple gabonais en commençant par ceux du Haut-Ogooué, que certains regardent comme étant «une bande de trouillards sur les plateaux», doit dans la foulée aider notre très cher président de la République en lui disant toute la vérité que nous avons dans les cœurs. C’est pour le bien de l’État et celui de la République.» L’exercice démontre, pourrait-on déduire, que la vérité, la situation réelle du pays n’est pas correctement remontée au chef de l’État par les différents relais dont il dispose. Indubitablement, il se crée ainsi une anamorphose qui ne favorise pas la prise de bonnes décisions au niveau du président.

Conférence nationale… «Quelle que soit l’appellation»

Dans son éditorial titré «Comment sauver le technocrate Ndong Sima», Anicet Bongo rappelle que le Premier ministre, Raymond Ndong Sima, est à l’origine de la première apparition officielle de l’idée d’une concertation entre les leaders de la majorité et ceux de l’opposition. Pour l’éditorialiste, les raisons de l’annulation, le 23 juillet 2012 par le Premier ministre, de la concertation politique qu’il avait annoncé le 10 juillet sont à rechercher «à l’intérieur des partis de la majorité, certains de ses membres ont diabolisé l’idée du nouvel arrivant et en ont fait une interprétation erronée.» Ainsi, face à une campagne de dénigrement sournoisement menée, Raymond Ndong Sima s’est vu obligé de reculer. De plus, la récupération de l’idée par l’opposition et tout le tintamarre autour du sujet sont passés par là. Pourtant, l’objectif de Ndong Sima, assure Anicet Bongo, était de «passer en revue les différentes difficultés auxquelles sont confrontées nos populations aux plans social et économique», mais aussi de parvenir à «écouter les véritables revendications des leaders politiques de tout bord en vue d’aller vers plus de démocratie et moins de contestations lors des prochaines échéances électorales de façon générale.»

Anicet Adnan Bongo estime qu’«aujourd’hui la situation politique du pays voudrait qu’il y ait une décrispation du climat. Ou du moins qu’on revienne à l’idée du Premier ministre Ndong Sima. Quelle que soit l’appellation qu’on pourrait trouver, le plus important, c’est de faire parler le peuple gabonais, de faire parler les leaders politiques, de réconcilier le peuple avec lui-même pour faire l’unité nationale.»

Discorde au sein de la majorité républicaine pour l’Émergence

Le quadragénaire n’a pas manqué, dans un autre article intitulé «Le PDG survivra-t-il à ses rivalités internes ?» de brosser un tableau pessimiste du climat au sein de la majorité républicaine pour l’Émergence. Pour lui les résultats des élections législatives de décembre 2011 qui ont démontré le refus du PDG de partager quoi que ce soit avec les autres formations politiques de cette majorité, «pire encore avec les autres partis politiques de l’opposition», sont le fait de «certains membres du PDG, beaucoup plus préoccupés à préserver leurs intérêts personnels ou encore à assurer leur survie politique face au vent du changement qui souffle dans le pays.»

Même si aucune dissidence n’a été enregistrée à ce jour, certains partis de cette majorité, notamment le CLR de Jean Boniface Assélé, se demandent s’il faut «continuer avec ce mariage après trois ans presque de pouvoir du chef de la majorité».

Pour Anicet Adnan Bongo, avec les luttes intestines notées au sein du parti au pouvoir, le chef de la majorité mène sa politique avec des élus à l’Assemblée nationale «dont il n’est pas sûr qu’ils sont issus d’une réelle adhésion populaire.» Pour lui, la disharmonie entre partis de la majorité laisse le terrain politique aux «dirigeants de l’ex-UN qui ne trouvent en face aucune force politique organisée capable d’anticiper sur leurs initiatives.» Le patron de Croissance + conclu que le chef de la majorité «doit prendre de la hauteur sur tous ses adversaires politiques pour réunir les compatriotes, les écouter, analyser et trancher dans le sens de l’intérêt national, dans le sens de la construction d’une véritable démocratie dans son pays. C’est à ce prix qu’il pourra s’assurer de la réussite des grands chantiers de l’Émergence.»

Sortie cinq jours après l’intervention d’Ali Bongo devant l’Assemblée nationale et le Sénat réunis en Congrès, cette livraison de Croissance + sonne comme l’appel du cadet du président de la République à regarder la réalité en face. Si Anicet Bongo qui serait vice-président du CLR depuis le dernier congrès de ce parti, n’a jamais occupé une place prépondérante sur la scène politique, il est au moins connu pour son franc-parler et ses positions d’outsider par rapport à sa fratrie. Sa lecture de la conjoncture sociopolitique du pays et son appel à dire ce qu’on pense entraineront-ils d’autres déclarations du camp de la majorité, pourront-ils amener le président Ali Bongo à faire marche arrière ? On peut l’espérer mais il est également légitime d’en douter.

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