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Sarkozy s’agace de la politque d’Ali Bongo

L’ex-président français, Nicolas Sarkozy, qui a rencontré le gabonais Ali Bongo dernièrement à Doha au Qatar, lui aurait fait part de quelques inquiétudes quant à certains aspects de la politique actuelle de Libreville et quant à la place, en recul, de la France dans les affaires gabonaises. Des indiscrétions rendues publiques par l’hebdomadaire Echos du Nord.

Nicolas Sarkozy applaudissant Ali Bongo à Doha (Quatar) © Reuters/Fadi Al-Assaad

Répondant, selon une dépêche de l’AFP, à une invitation sur la «demande personnelle» de l’Émir du Qatar, le cheikh Hamad Ben Khalifa Al-Thani, l’ex-président français, Nicolas Sarkozy, est arrivé le 11 décembre au Qatar pour une intervention sur les enjeux du sport dans le cadre du premier Doha Goals, un «forum mondial» sur le sport dont l’organisation a été confiée au publicitaire Richard Attias, époux de Cécilia qui fut la femme de Sarkozy jusqu’en octobre 2007. Les amateurs de commérages ont énormément glosé sur le fait que, situés à quatre sièges l’un de l’autre, les anciens amants et ex-locataires de l’Elysée s’évitaient, l’une devisant avec la très influente Cheikha Moza, quand son ex-mari devisait avec le président gabonais Ali Bongo.

Mais les fureteurs gabonais ont trouvé, eux, plus croustillant. Sous la plume de François Ondo Edou, ancien journaliste, ancien directeur général des élections au ministère de l’Intérieur entre 2007 et 2009, l’hebdomadaire Echos du Nord a titré «Quand Sarkozy tance Ali bongo…» et publié des extraits d’une conversation entre les deux hommes.

«Nous croyions, en vous plaçant à la tête du Gabon que vous garantiriez les intérêts de la France, que vous poursuivriez l’œuvre entamée par votre père, Omar Bongo Ondimba. Hélas, le constat est décevant. Au plan intérieur, la paix si chère à votre prédécesseur est sérieusement menacée. Aux plans régional et continental, le Gabon a perdu sa place de leader. La France perd dangereusement sa position au Gabon et nous n’avons jamais cessé d’attirer votre attention là-dessus. La France, en dépit des changements intervenus en mai dernier, reste la France. Elle dispose toujours des mêmes leviers qui ont permis votre accession au pouvoir. Elle ne saurait donc accepter d’être continuellement humiliée, parce que c’est la France. Les socialistes ne parlent pas beaucoup, mais ils sont très dangereux. Essayez de renouer les fils du contact avec eux, car, sans l’aval de la France, vous ne pourrez rien entreprendre de sérieux aux plans économique et diplomatique. Vous m’avez fait part de la récente acquisition d’importants biens immobiliers ici au Qatar, cela est très gênant surtout lorsque votre directeur de cabinet et vous-même le faites de manière simultanée. Si c’est comme vous le dites, pour des raisons de sécurité en cas de troubles, votre meilleure sécurité est assurée au Gabon et nulle part ailleurs. Cherchez donc à vous faire accepter par le peuple gabonais», aurait dit Nicolas Sarkozy à Ali Bongo, selon l’article des Echos du Nord.

Si les images de la conversation de voisins de circonstance entre Ali Bongo et Nicolas Sarkozy ne laissent entrevoir aucune animosité ou tension, joints au téléphone, les confrères qui avaient publié, le 30 juillet, les écoutes téléphoniques promises le 21 juillet par André Mba Obame sur le rôle de la France dans l’élection d’Ali Bongo à la présidence, assurent avoir vérifié l’information qu’ils tiennent de source sûre. S’ils ne garantissent pas l’exactitude de la retranscription, ils soutiennent que tel en était bien l’esprit.

Pour soutenir la plausibilité de cette conversation, l’auteur de l’article liste une série de faits pouvant laisser penser que «l’héritier d’Omar Bongo Ondimba semble prendre des distances vis-à-vis de la France : non renouvellement des contrats de 200 Français engagés depuis des décennies à la Garde Républicaine, décision de faire de l’anglais la seconde langue officielle du Gabon après le français, recrutement massif d’éléments cubains et rwandais dans la sécurité rapprochée d’Ali Ben Bongo, etc.»

Du fait d’en avoir été la puissance coloniale et d’y avoir tissé des liens aussi séculaires que solides, la France est le premier fournisseur du Gabon et son deuxième client. On retrouve dans tous les domaines de l’économie gabonaise une très forte présence française qui représente, à elle seule, 75% des investissements étrangers dans le pays. Plus de 150 filiales ou succursales d’entreprises françaises font du Gabon le premier pays d’Afrique subsaharienne pour le stock d’investissements français (Investissements directs étrangers – IDE) avec «1,157 milliard d’Euros en 2009», selon une indication du porte-parole de la Présidence de la République gabonaise, Alain Claude Bilié Bi Nzé, en juin 2012. Le poids du pays de Nicolas Sarkozy sur le Gabon est donc indéniable.

De plus, depuis l’indépendance, petits services et grosses affaires ont ponctué les relations entre Paris et Libreville. La France n’a jamais hésité à y envoyer ses paras, et les présidents gabonais, Léon Mba d’abord, puis Omar Bongo Ondimba, ont toujours su se montrer reconnaissants. Basé à Libreville, le 6e bataillon d’infanterie de marine (6e Bima) qui est une unité de l’armée française, héritier du 6e régiment d’infanterie coloniale, compte près de 1000 personnes en poste et dispose de centres d’entraînement en forêt et d’un centre d’entraînement nautique à Port-Gentil très prestigieux. Idéalement placé au cœur du golfe de Guinée, Libreville est un élément important de la stratégie militaire française en Afrique équatoriale, le terminal de nombreuses opérations en Afrique centrale telles des évacuations de ressortissants français lors de mutineries au Tchad et en RCA. Toutes choses qui arriment la France au Gabon et qui font douter l’opinion publique quant à l’indépendance réelle du Gabon. Si certains peuvent s’étonner de ce qu’un ex-président de la France puisse toujours s’immiscer dans les relations entre les deux pays, l’article d’Echos du Nord, même s’il finissait par se révéler n’être qu’un fantasme, rappelle simplement qu’il est des domaines sensibles dans les relations entre les deux pays et qu’un dirigeant français pourrait tout à fait parler ainsi.

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