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Tourments contractuels dans le Gabon industriel

Alors que le président Ali Bongo parcourt le monde en vue d’attirer des investisseurs dans son pays, ceux qui sont chargés du secteur dans grands travaux et de celui du minier n’émettent pas de bonnes nouvelles : l’allemande Gauff Engineering s’est mis en retrait de la construction du barrage du Grand Poubara et l’australien BHP Billiton pourrait s’en aller incessamment.

Le Ministre Régis Immongault sur le site du Grand Poubara © Gauff.net

Alors que le 8 octobre 2012, le ministre du Pétrole, Étienne Ngoubou, présentait à la presse les retombées escomptées du nouveau code minier, en préparation depuis plus d’un an alors, les choses semblent faire du surplace. Présenté comme un texte qui devant permettre notamment de maintenir sur le territoire national une plus grande partie des sommes dégagées par l’extraction minière, son retard à la publication met à mal le groupe australien BHP Billiton qui envisage déjà son départ du Gabon. Par ailleurs, du fait des difficultés à se faire payer, la société Gauff Engineering s’est mise en retrait du chantier de construction du barrage du Gand Poubara.

Les tracasseries de Gauff Engineering

Mondialement reconnue pour son expertise technique en ingénierie des infrastructures, la société allemande Gauff Engineering avait signé, mi-2008, avec le ministère gabonais des Mines, de l’Énergie, du Pétrole et des Ressources hydrauliques, un contrat de planification et gestion de la construction de la centrale hydroélectrique de Grand Poubara dans le sud-est du Gabon. Il s’agissait plus précisément pour cette entreprise d’assurer le contrôle des études présentées par l’entrepreneur général chinois (la société SinoHydro), d’élaborer les bases de données et les documents de planification, d’effectuer les études environnementales et d’assurer la gestion de la construction.

Depuis juillet 2011, aucun paiement n’ayant été versé à Gauff Engineering, cette compagnie a cessé ses prestations sur le chantier. Son directeur général, Uwe Gauff, a d’ailleurs fait le déplacement de Libreville à cet effet mais n’a pu rencontrer le président Ali Bongo avec lequel il devait examiner la question. Les ministres concernés se sont montrés impuissants à décanter la situation, notamment Magloire Ngambia et Luc Oyoubi qui ont assuré ne rien en savoir.

Depuis lors, le barrage se construit sans suivi des travaux ni expertise régulière. Quelques agents du ministère de la Promotion des investissements et des Travaux publics sont sur le chantier pour suppléer cette absence d’expertise. Ont-ils seulement toutes les connaissances, tout le matériel pour contrôler les normes de mise en oeuvre d’un tel ouvrage ? Si une rengaine bien gabonaise dit que «les choses des Chinois ne durent pas», faut-il craindre pour l’avenir de cet ouvrage ? Par ailleurs, le Gabon avait également conclu un contrat de consultation économique avec Gauff Engineering. L’entreprise était chargée de la promotion des échanges économiques avec l’industrie, les investisseurs, les banques, les institutions d’assurance-crédit et les organisations officielles d’Allemagne, tant au niveau de l’État fédéral qu’au niveau des Länder. Ce contrat a-t-il également été relégué aux calendes grecques ?

L’amertume de BHP Billiton

Lassé d’attendre la finalisation de son agrément d’exploitation du manganèse de Franceville, conditionné par la publication d’un nouveau Code minier qui tarde à être officialisé, le géant minier BHP Billiton risque de plier incessamment bagages. M. Morkel, responsable des finances de la société Samancor Gabon SA, filiale gabonaise de BHP Billiton, a envoyé, tout dernièrement, une lettre à certains de ses partenaires au Gabon en vue de leur notifier que BHP Billiton a pris la décision définitive de ne pas poursuivre le développement de la mine de manganèse de Franceville. Samancor Gabon dont BHP Billiton possède 60 % du capital (avec 40 % pour Anglo American) avait repris, depuis le 18 mai 2007, les actifs et titres du géant brésilien CVRD (Companhia Vale do Rio Doce) concernant les gisements de manganèse de Franceville et Okondja.

Numéro 1 mondial du manganèse, BHP Billiton pourrait donc quitter le Gabon si les choses ne s’améliorent pas sous peu, alors qu’en février 2012, Jean-Jacques Jung, président de la filiale gabonaise de BHP Billiton, confiait être en discussion avec le gouvernement gabonais pour finaliser la convention minière et que son groupe était d’accord sur la montée de l’État gabonais dans son capital à 20 %, avec une option d’achat complémentaire.

Le groupe avait acquis les sites miniers du Haut-Ogooué abandonnés par le géant brésilien Companhia Vale do Rio Doce (CVRD). Il restait alors à fixer quelques points juridiques sur la manière dont Libreville pouvait exercer ses droits. Une fois la convention signée, la construction des installations devait prendre dix-huit mois et BHP Billiton devait commercialiser du manganèse gabonais au quatrième trimestre 2013, avec une production annuelle d’environ 300 000 tonnes.

L’avancement du dossier qui dépend de l’officialisation du nouveau Code minier tant attendu a tellement traîné que le géant australien risque de partir du Gabon. Ce qui n’est pas pour attirer d’autres investisseurs au Gabon, pays que des sources proches du dossier accusent d’être sous l’influence d’Eramet, le groupe français qui exploite déjà du manganèse dans la région avec sa filiale locale, la Comilog. Alors que celle-ci bénéficie déjà de tout le plateau de la ville Moanda, Eramet ne supporterait pas l’arrivée de BHP Billinton dans la zone et serait à l’origine de ce blocage qui met à mal l’australien, susurre-t-on.

Les autorités gabonaises se doivent donc d’améliorer le climat des affaires dans leur pays. Surtout que le rapport «Doing Business 2013», publié en octobre 2012 par la Banque Mondiale et la Société financière internationale (IFC), place le Gabon au 170e rang sur 185 économies au sujet de la «facilité de faire des affaires» dans un pays. Un classement qui peut s’améliorer, puisque le pays a engrangé quelques points dans de nombreux critères de ce rapport. Cité par Jeune Afrique, Thierry Lauriol, avocat spécialisé sur les questions minières au sein du cabinet français Jeantet, a indiqué, en février 2012, que les autorités gabonaises «font preuve de pragmatisme et de professionnalisme. Pour elles, il s’agit de démarrer l’exploitation des gisements rapidement, mais pas n’importe comment. Par son nouveau code minier, le pays veut lever les pesanteurs administratives tout en s’assurant du respect de l’environnement et d’une prise de participation importante au capital des sociétés.» À quand la publication de ce fameux Code minier et à quand la «protection des investisseurs», critère dans lequel le Gabon a perdu 3 dans le rapport «Doing Business 2013» ?

Exprimez-vous!

  1. Le groupe BHP Billiton, à travers sa filiale gabonaise, Samancor SA, ambitionne une production de 300 000 tonnes par an de manganèse au sud est du Gabon, a-t-on appris de bonne source.Aucune date sur le lancement de la production n’est disponible. La compagnie a cependant déposé au ministère de l’Environnement une étude d’impact environnemental relative à ce projet d’extraction de manganèse sur le plateau de Béniomi dans la province du Haut-Ogooué (sud-est).L’étude concerne un projet de construction d’une usine de traitement minier et une extraction d’échantillons de 20 000 tonnes de minerai.L’étude planche aussi l’impact d’une production de 300 000 tonnes par an de manganèse dans la localité.Le groupe BHP Billiton avait acquis les sites miniers du Haut- Ogooué abandonnés par le géant Brésilien CVRD. La compagnie brésilienne avait abandonné ces permis suite à son éviction du projet d’exploitation du riche gisement de fer de Bélinga finalement confié à son concurrent chinois CMEC.Le Gabon dispose d’importantes réserves de manganèse et de fer. Actuellement, le pays produit 3,5 millions de tonnes de manganèse par an.

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