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Mythes et croyances sur les «indésirables» du règne animal

Hiboux et chouettes, porte-malheurs ? © fr.vox.ulule.com
Hiboux et chouettes, porte-malheurs ? © fr.vox.ulule.com
Le chat qui protège contre les sorciers, les rapaces messagers des Dieux, les hiboux porte-malheurs, les crapauds diffuseurs de gale et porteurs de division matrimoniale, les chauvesouris qui rendent intelligents… le règne animal est l’objet de bien de croyances qui ont amené à l’extinction de certaines espèces. Petit inventaire.

La rencontre de certains animaux avec les hommes fait l’objet de plusieurs superstitions. Ces croyances religieuses ou traditionnelles ont longtemps entravé la bonne avancée des sociétés africaines et ont mémé conduit à la disparition des espèces jugées indésirables.

Dans les villages, des groupes se réunissaient pour réprimer tous ceux qui ne voulaient pas croire aux dires des anciens et de la collectivité; et c’est au prix de leur vie que certains ont voulu vérifier ces croyances.

Dans la grande famille animale, les porte-malheurs et les porte-bonheurs sont nombreux. Pour beaucoup de peuples, le chat n’est pas un animal comme les autres. D’aucun vous diront même qu’il a la faculté de reconnaitre les sorciers et les esprits maléfiques. Dans le sud du Gabon, on vous dira qu’élever un chat vous met à l’abri de toutes les attaques nocturnes des sorciers. L’animal domestique dira au premier venu «qu’il faut d’abord que tu parviennes à compter tout mes poils si tu veux que je te laisse attaquer mon maitre.» Loin de parvenir à cet exercice fort difficile et impossible à réaliser, le sorcier se décourage et s’en va voir ailleurs. Cependant, le même animal est élevé par les peuples Fang du nord du Gabon pour la qualité de sa chaire très appréciée là-bas. Bizarre n’est-ce pas ?

Chez les fang du centre du Gabon, si un chasseur rencontre une tortue sur son chemin tout au début de la chasse, il fait demi-tour car cet animal lui prédit que la chasse ne sera pas fructueuse. Quelle hérésie ! On vous dira aussi, que lors d’une promenade dans la nature, si vous surprenez l’accouplement de deux iules (mille pattes) ou de deux serpents, vous n’aurez qu’à comprendre qu’un membre de votre famille est en train de mourir ; s’il ne l’est pas déjà. Mais, quelqu’un a-t-il seulement pris le soin de vérifier tout ces dires ?

Le rapace a, de tout temps et dans la plupart des civilisations, frappé l’imagination des hommes. Incarnation ou messager de la divinité, parfois vénéré lui même comme Dieu, le grand volatile a toujours symbolisé la liberté et la majesté, la puissance, la fierté et l’indépendance.

Si l’aigle a toujours été considéré comme un oiseau bénéfique, le hibou par contre a, le plus souvent, été associe aux forces néfastes et occultes. Au village, les hululements des hiboux dans les alentours sont des signes annonçant une forte présence de sorciers dans le coin. Si par contre il venait à chanter de jour, ce sera pour les hommes l’annonce d’un deuil. C’est pourquoi, dans nos villages, ceux qui sentent leur culpabilité écorchée par le chant de ces volatiles, les chassent sans répit. Chasse qui, avec le temps, a fini par entrainer la disparition de bon nombre d’espèces considérées comme porte-malheurs par les humains. C’est ainsi qu’au village, il n’est pas rare d’entendre un coup de feu tard dans la nuit ; on apprendra le lendemain qu’un hibou ou une chouette a été tué.

Des tels agissements sont des graves atteintes à la biodiversité et parfois même à l’origine des divisions au sein des grandes familles. En parlant de divisions, sachez que dans un foyer polygame, la présence d’un crapaud dans la chambre d’une des coépouses peut avoir plusieurs interprétations. Si l’une d’elle, par le biais de ce batracien, ne veut pas faire que le mari déteste l’autre, elle peut cependant faire que ses enfants attrapent la gale. Voila une fois de plus, une bonne raison pour tuer tous les crapauds et grenouilles qui trainent dans les coins de la case et ses environs.

Inutile de vous rappeler qu’en Afrique, la consommation de certains aliments et animaux est interdite aux femmes. Une enquête menée dans les milieux villageois révèle que le «sexe fort» agissait ainsi par simple avarice. Tout ce qui faisait l’objet de tabou constituait les biens meilleurs mets. Ne voulant pas que leurs femmes, mères, sœurs… ne le découvrent, ils les leur interdisaient et les sorciers avaient le pouvoir de jeter le mauvais sort sur toutes celles qui enfreignaient l’interdit.

Les superstitions, détrompez-vous, il n’y a pas qu’en Afrique qu’on en rencontre. Au XIXème siècle, les Français croyaient que si vous apercevez un chat noir lorsque vous allez en guerre, vous perdez la bataille. Napoléon 1er en vit un le matin du 18 juin 1815 alors qu’il allait combattre à Waterloo, et il fut battu. Coïncidence ou simple superstition ?

En occident, la chouette a aussi mauvaise réputation. Tout à la fois incarnation du mensonge et de la laideur, des ténèbres et du malheur, la chouette ainsi que son cousin le hibou, sont appelés «oiseau de mauvais augure». Une chouette qui se pose sur le toit d’une maison apporte la tristesse. Mais si on l’attrape et qu’on la pende la tête en bas, après lui avoir lié les pattes et les ailes, on conjure le mauvais sort ; la clouer sur une porte est sans effet. Par contre son hululement à la pleine lune annonce qu’un homme est entrain de mourir. Ici, on peut dire sans se tromper que les animaux qui sont actifs la nuit ne sont pas des enfants de chœur pour les hommes.

On dit de la chauve-souris qu’elle dort la tête en bas parce que son cerveau est très lourd ; et que si on mange la cervelle de cet animal très intelligent, on comprend les mystères de la nuit. En France, on ne les tue plus depuis qu’on sait qu’en mettre une à mort, raccourci votre vie d’une année. En Italie, par contre si la souris volante vient heurter la cadrant de la fenêtre et qu’il y a un malade dans la maison, celui-ci mourra bientôt. Force est de constater que les animaux ont toujours servi de boucs émissaires à chaque fois les humains veulent faire du tort à leur semblables. Ajoutons aux superstitions, le phénomène du «nganga» (féticheur) qui, pour guérir, utilise en plus des plantes naturelles, les organes des animaux. Nous n’oublieront pas les danseurs, toujours vêtus de peaux d’animaux pour paraitre beau sur scène et les collectionneurs de trophées qui contribuent à leur façon à l’extinction de certaines espèces.

Il est grand temps que les humains comprennent que les animaux ne sont en rien responsables de leur malheurs, et que ce n’est pas en les décimant qu’ils en seront guéris.

Dieu-Donné Kumbaht

Président du Club Ornithologique IBIS

(CDP N* 18)

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