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Gabon : Les ombres chinoises de Plysorol

Les employés de Plysorol ont encore manifesté ce matin sur le site français de Lisieux, alors que se tenait au tribunal de grande instance une séance en déféré suite à la requête d’accès aux comptes déposé par l’avocat du Comité central d’entreprise (CCE). De leur côté, les cadres et les responsables syndicaux font monter la pression sur la justice en dénonçant une manœuvre du repreneur chinois pour faire main basse sur les concessions forestières gabonaises du groupe.

Le convoi des responsables syndicaux et des cadres de la direction au tribunal de grande instance a eu droit à un cortège d’employés en colère ce matin sur le site de Lisieux, l’un des trois sites français de Plysorol, aux abois depuis sa reprise en avril dernier par le groupe chinois Guohua Zhang.

Suite à la requête déposée par l’avocat du comité central d’entreprise (CCE) afin d’avoir accès aux comptes du groupe, une séance en référé s’est tenue ce matin pour étudier les moyens de contraindre la direction à éclaircir sa situation financière et sa stratégie de sortie de crise.

Mais «la direction est d’accord pour fournir seulement les documents exigés par la loi», déplore l’avocat de Plysorol, maître Lebray, dénonçant par ailleurs des honoraires exorbitants de 90 000 euros exigées par le cabinet d’expert-comptable. Mais les employés devront certainement attendre la décision du juge le 16 mars prochain, car ce matin au tribunal, la pièce maîtresse du puzzle manquait à l’appel : le directeur général du groupe, François Wu, n’ayant pas daigné faire le déplacement.

Lors de la reprise du numéro un européen du contreplaqué en avril dernier, le groupe chinois promettait «un investissement de 20 millions d’euros pour assurer la modernisation des équipements et de la productivité».

Mais dès juillet dernier, la nouvelle direction impose 15 jours de chômage partiel et annonce un plan de restructuration, avant de déclencher une procédure d’alerte. Le mois suivant, Guohua Zhang est entendu par le commissaire aux comptes de Paris pour faire le point sur la situation et contraindre l’investisseur à verser les fonds promis.

En septembre, dans l’attente d’explications sur la situation financière du groupe, les salariés séquestrent le patron de Plysorol dans les locaux de leur usine. Guohua Zhang leur affirme que les salaires seront maintenus. «Nous serons attentifs à ce que chacun des engagements soit respectés, ce qui n’a pas été le cas au début », indiquait même en Novembre le ministre de l’Industrie Christian Estrosi en visite sur le site de Fontenay-le-Comte. Dans la foulée, François Wu annonce l’arrivée en 2010 de quelques millions d’euros et confirme l’embauche de 10 à 30 salariés dans une de ses filiales.

En janvier 2010, suite à l’interdiction d’exportation des grumes décrétées par le gouvernement gabonais, «le site déroulera toujours le bois en provenance d’autre pays, comme la République démocratique du Congo ou la Guinée équatoriale», rassure François Wu.

Le mois dernier, dans une lettre ouverte adressée aux salariés, le directeur général annonce le transfert des productions d’Épernay à Lisieux et de nouvelles semaines de chômage partiel à Lisieux.

Des conditions sont fixées par le plan de cession en mars 2009 prévoyaient le «maintien des contrats de travail repris pendant une durée de trois ans, pas de réalisation des actifs immobilisés pendant cette période, prise en charge des impôts et taxes dus au titre de l’année 2009».

«A défaut de tout ou partie des conditions fixées par le plan de cession […], le mandataire saisira le tribunal de commerce, lequel décidera alors s’il y a lieu ou non de prononcer la résolution du plan et de la cession», précisait alors le tribunal de commerce de Lisieux.

Au comité d’entreprise, on s’insurge que «les Chinois n’ont pas tenu les engagements pris devant le tribunal de commerce : nous n’avons vu ni les investissements, ni les commandes arriver. Les comptes de résultats ne nous ont pas été transmis, donc nous n’avons aucune vision sur l’avenir».

«La politique de chômage partiel deviendra régulière, car nous avons 5000m3 de commande alors que notre capacité de production s’élève à 12000m3. Mais je répète qu’il n’y aura pas de fermeture de site», continue de son côté d’affirmer François Wu.

«Je consulterai prochainement les membres du comité central d’entreprise pour leur présenter une nouvelle réforme qui sera la solution pour l’entreprise. Il n’y aura aucun licenciement, je l’ai toujours dit. Le travail a repris lundi sur le site de Lisieux. Les quantités de grumes permettent une activité de production pendant environ trois semaines. Après quoi, on continuera d’organiser des rotations de chômage partiel», annonce-t-il.

Mais pour Christine Hugues, cadre chez Plysorol, «à la base, monsieur Zhang est négociant en ciment. Il en importe de Chine vers le Gabon. Il a commencé à faire du commerce de bois pour éviter que ses bateaux repartent à vide. Les Chinois n’ont aucune stratégie. Personne ne comprend où on va. Il n’y a aucun compte de résultat, aucun budget, rien. Les fournisseurs ne sont pas tous payés, l’Urssaf non plus. Certains bateaux chargeant de la matière première à destination de la France sont déroutés vers la Chine. Les cadres sont mis à pied et les assistantes chinoises se font virer. Plus les mois avancent, plus c’est dur. À part avoir investi dans des chariots élévateurs, ils n’ont rien fait».

Germain Hanoy, responsable des certifications France Afrique et Brice Noirault, développeur de l’enseigne bois et chiffons, proposent pour sortir de la crise un plan de reprise aux actionnaires actuels, moyennant la cession des titres pour l’euro symbolique sur la base d’un «projet franco-français» et d’un «important fond d’investissement».

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