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Gabon : «Une histoire politique de clowns»

La dissolution de l’Union nationale et les poursuites judiciaires contre André Mba Obame n’ont pas fini de faire couler encre et salive. La grande majorité de la presse locale continue d’en faire ses choux gras. En témoigne, la dernière livraison du bimensuel « La Nouvelle République » qui titre «Le raïs Ali torpille la démocratie» et comporte un éditorial intitulé «Une histoire politique de clowns». Ce texte qui tourne en dérision la prestation de serment de Mba Obame et la réaction du pouvoir, ne suscite pas moins quelques interrogations et réflexions… a posteriori.

Connu pour sa ligne éditoriale pamphlétaire, le bimensuel gabonais « La Nouvelle République » est revenu, dans sa livraison du 23 août, sur la dissolution de l’Union nationale (UN). Si la Une de ce journal a pour titre «Le raïs Ali torpille la démocratie», c’est plutôt son éditorial intitulé «Une histoire politique de clowns» qui suscite la réflexion, certes à postériori, concernant l’acte de dissolution de l’Union nationale. Ecrit sur le ton de la satire, l’éditorial tourne en dérision les actes d’André Mba Obame ayant conduit à la situation actuelle du parti de Zacharie Myboto. Il n’en fustige pas moins la réaction du pouvoir face à ces agissements.

« La Nouvelle République » s’interroge : «Franchement, en somme, en quoi les guignols de l’Union nationale font-il si peur ? Un individu s’est autoproclamé président de la République. C’est son droit le plus absolu de cultiver un tel rêve d’adolescent. Mais en quoi cette parodie est-elle une arme de destruction massive ? (…) Les poursuivre pour haute trahison assorti de la dissolution d’un parti, n’est-il pas trop gros pour des faits que n’importe qui banalisent ?»

Parodie de prestation de serment

En effet, la prestation de serment de Mba Obame n’était qu’une parodie. En son article 12, la Constitution de la République gabonaise stipule que le président de la République prête solennellement le serment en présence du Parlement et de la Cour constitutionnelle, la main gauche posée sur la Constitution, la main droite levée devant le drapeau national. Toujours visible sur YouTube, l’acte de Mba Obame n’a, en effet, nullement respecté ces prescriptions. Et « La Nouvelle République » prend l’exemple d’Alassane Dramane Ouattara. Celui-ci avait prêté serment dans son ex-siège de l’hôtel du Golfe mais a été contraint à une autre prestation de serment, pour se conformer au protocole constitutionnel.

«C’est donc la preuve que la première prestation de serment relevait non seulement de l’imposture mais aussi d’une scène de bouffons dépouillés de tout talent», note le bimensuel qui rappelle que, sous Omar Bongo, le père Paul Mba Abessole s’était autoproclamé président de la République. Il avait formé un gouvernement parallèle «baptisé Haut conseil de la résistance sans que cela n’entraine des poursuites en cascade et la dissolution [du RNB] avec suspension des salaires des membres du gouvernement parallèle.» Un précédent qui aurait du servir de jurisprudence aux faucons du Parti démocratique gabonais (PDG) fondé par Omar Bongo et dont la devise reste «Dialogue-Tolérance-Paix».

Conseil d’Etat et avenir de la démocratie gabonaise

Les membres du Conseil d’Etat ont-ils lu le droit ou se sont-ils «simplement crus en devoir de faire plaisir à l’émergent en chef afin de sauver postes et acquis ?» s’interroge « La Nouvelle République » avant de conclure : «En deux ans d’exercice du pouvoir, le chef émergent a déjà réussi un exploit majeur : la liquidation d’un parti politique.»

Zacharie Myboto l’a souligné : l’Union nationale était «la deuxième force politique du pays et le premier parti de l’Opposition (…) il compte six députés, trois sénateurs et cent cinquante quatre élus locaux (…) La dissolution d’un parti politique ne peut pas être un acte banal dans un Etat qui se veut de droit. Cette décision du Conseil d’Etat est encore un coup d’Etat contre la démocratie dans notre pays après ceux que la Cour Constitutionnelle a perpétrés contre la volonté populaire à l’issue d’autres élections présidentielles et législatives antérieures.»

On se demande en effet pourquoi le président Ali Bongo laisse-t-il faire des actes qui viennent démolir la prétention à être un démocrate qu’il clamait lors de la campagne électorale de la présidentielle anticipée de 2009. Car, ainsi qu’on peut le constater avec l’exemple ivoirien, le Front populaire ivoirien (FPI) de Laurent Gbagbo, connu pour avoir utilisé des armes, vandalisé des édifices publics et alimenté une guerre civile, n’a pas toujours été dissout. Avait-on donc besoin au Gabon de la dissolution d’un parti politique ? Mba Obame fait-il si peur que ça ? Avec les alliances annoncées, que restera-t-il de l’opposition gabonaise ? Veut-on un pays sans débat politique contradictoire, sans opposition ? Autrement dit, préconise-t-on un retour au monolithisme politique ?

« La Nouvelle République » conclue en ces termes : «L’opposition se trouve presque en lambeaux, elle agonise et sa mort certaine n’est plus qu’une question de temps en attendant son extrême onction. Les rapprochements bizarres auxquels on assiste ces derniers temps sont tragiques, bouleversent les certitudes établies et laissent jaillir la trame limpide d’une histoire politique de clowns dont le peuple est le dindon de cette farce qui ne fait plus rire personne.»

Publié le 23-08-2011 Source : La Nouvelle République Auteur : Gaboneco

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